Pourquoi Dieu, S’Il existe, permet-Il tant de souffrances ?

 

La souffrance est un sujet bien délicat à traiter par écrit car pour tous ceux qui souffrent, que l’épreuve accable, anéantit même, nos pauvres mots humains sont d’un bien faible réconfort. Et comme dit Saint-Exupéry dans Le petit Prince qui venait d’éclater en sanglots : « Je le pris dans mes bras, le berçai. Mais je ne savais trop que dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l’atteindre, ni le rejoindre. » C’est tellement mystérieux ce pays des larmes.

 

Oui, devant la souffrance, nous nous sentons bien impuissants et bien souvent nos paroles que nous voudrions consolatrices, heurtent. En face d’une très grande souffrance, le silence s’impose. Job a envoyé au diable ses consolateurs bien intentionnés : « Moi aussi si j’étais à votre place, leur disait-il en substance, je pourrais faire de beaux discours. C’est facile de consoler les autres quand on ne souffre pas soi-même. Et vos consolations me sont insupportables. » Jésus Lui-même ne cherchait pas à consoler, mais agissait.

 

La souffrance est un mystère

 

Il n’y a pas de doute que tous nous aspirons à la joie, au bonheur et soudain c’est le drame. Je pense à ces ménages si unis dont le foyer est soudain brisé ; à ces parents qui perdent un de leurs enfants, chair de leur chair et dont ils parlaient avec une admiration inconsciente, ou à ceux qui se réjouissent tant de la naissance d’un enfant et qui doivent accueillir un pauvre petit être handicapé qu’ils devront porter toute leur vie ; à ces enfants qui soudainement se trouvent privés de la source même de leur affection et comme égarés en ce monde ; à ces travailleurs licenciés qui s’angoissent devant leurs faibles ressources financières et leur charge familiale importante ; à ces malades dont l’activité est momentanément arrêtée et quelquefois même définitivement, et je pourrais continuer longtemps ainsi. Tant de souffrances physiques et morales nous entourent car il n’y a pas que les souffrances visibles, il y a toutes les souffrances cachées qui sont peut-être encore plus dures.

 

Alors un grand cri de révolte s’élève en l’homme. Même pour ceux dont la foi est solide, au moment de grandes épreuves, perte d’un être cher par exemple, Dieu paraît lointain et comme absent. Nous nous disons alorsQ Comment Dieu, le bon Dieu, le Dieu d’amour, peut-il permettre cela ? » ou Q Pourquoi lui ? pourquoi moi suis-je si éprouvée ? Je ne le méritais pas, ce n’est pas possible, Dieu ne m’aime pas.  » Et pourtant Dieu est là qui nous aime.

 

Nous ne comprenons pas car la souffrance est un MYSTERE. Il est certain qu’aucune explication rationnelle ne saurait nous satisfaire pleinement. C’est ce que Dieu a répondu à Job qui l’interrogeait sur les terribles maux dont il était injustement frappé : « Est-ce toi, demande le Tout-Puissant, qui a créé l’Univers. la lumière… ? » Du reste, comment pourrions-nous comprendre pleinement le plan de Dieu avec notre intelligence limitée ? Heureusement. La Révélation nous apporte une lumière nouvelle.

 

Le risque de la liberté

 

Tout d’abord, la Révélation nous apprend que la souffrance est entrée dans le monde avec le péché. En effet, Dieu a voulu l’homme heureux, heureux de ce bonheur qui était le sien dans cet amour total du Père, du Fils et du Saint-Esprit de toute éternité. Il l’a invité à y participer librement.

 

Il nous a créés libres parce qu’Il nous aime et que l’amour ne s’impose pas. C’est là le plus grand honneur que Dieu ait fait à l’homme de le créer, libre et distinct de Lui. Mais l’homme mû par le désir de devenir égal à Dieu, a refusé Dieu et a provoqué la rupture : c’est le péché originel commis par les premières créatures qui se sont détournées de Dieu. C’est avec elles que la souffrance est entrée sur la terre et restera le lot de l’humanité jusqu’à la fin des siècles, car coupées de Dieu, elles devenaient incapables de communiquer à leurs enfants ce bonheur qu’elles n’avaient plus.

 

Ainsi il ne faudrait surtout pas croire que la souffrance est une punition de Dieu. C’est nous qui en nous détournant de Dieu, nous punissons nous-mêmes.

 

Car si nous réfléchissons bien, nous devons reconnaître qu’à l’origine de la souffrance, il y a bien souvent notre faute. Si la liberté est notre plus grand bien, si elle nous permet de nous différencier de l’animal, elle nous coûte parfois terriblement cher. Lorsque nous préférons nos mauvais instincts à Dieu, lorsque nous nous y laissons aller, nous nous mutilons nous-mêmes et nous nous éloignons de Lui. C’est cela le péché. Ce n’est pas comme on le croit

 

Habituellement une simple transgression à une loi, mais beaucoup plus un refus de J’amour de Dieu, un refus de faire sa volonté, un refus de répondre à son appel. Alors, notre esprit coupé de Dieu devient trop faible pour dompter la nature et nous devenons esclave des forces dont est tissé l’univers. C’est ainsi que l’excès de vitesse et l’imprudence sont le facteur dominant des accidents de la route, que les alcooliques peuplent 37 % des établissements psychiatriques, etc.

 

Le prix de la solidarité

 

Mais direz-vous, cela est juste pour ceux qui commettent la faute d’en subir les conséquences, mais comment expliquer que des criminels meurent paisiblement dans leur lit et que des êtres bons et délicats soient atrocement malheureux.

 

Ce scandale vient non plus de la liberté, mais de la solidarité humaine qui fait que nous nous communiquons le bien et le mal. C’est ainsi que de pauvres innocents souffrent de fautes qu’ils n’ont pas commises : enfants abandonnés, enfants d’alcooliques, etc., comme d’autres naissent dans la joie, qu’un foyer se trouve brisé par la faiblesse et l’inconscience d’un des conjoints tandis que l’autre a une vie exemplaire et pourtant il subira toutes les souffrances dues au péché de l’époux infidèle, et on pourrait multiplier les exemples à l’infini.

 

Alors comment Dieu qui a créé le ciel et la terre, qui est Tout Puissant, qui organise tout, voit tout, peut-il permettre tant de souffrances injustifiées ? Puisqu’il sait tout, Il savait bien que l’homme saboterait sa création. Oui, Il le savait, mais Il savait aussi qu’Il pourrait la restaurer dans une situation plus belle qu’avant et que le bilan serait en définitif positif. Si l’homme a abandonné Dieu, Dieu ne l’a pas abandonné. Et pour montrer qu’il tenait à la liberté des hommes et à leur solidarité quoi qu’il en coûtât, Il a accepté Lui-même d’en porter toutes les conséquences.

 

La souffrance : sabotage du plan de Dieu

 

Le fils de Dieu Lui-même est devenu homme. Innocent comme jamais personne ne l’a été, il est venu sur terre pour apporter aux hommes la possibilité d’aimer Dieu à leur niveau. Tout de suite, Il a souffert du péché et du mal des hommes. Ceux-ci n’ont pas voulu Le connaître, l’ont rejeté de leur ville, avec indifférence, quand ce n’était pas avec haine. Il a connu l’incompréhension de son entourage, l’abandon et la trahison de ses amis. Dire que cette souffrance n’était pas grand chose pour Celui qui était Dieu serait oublier les propres paroles du Christ « Mon âme est triste jusqu’à la mort », le déchirement de Gethsémani « Mon Père, si ce calice peut s’éloigner de moi, toutefois non pas ce que Je veux, mais ce que Vous voulez », et le cri d’angoisse et de solitude du Calvaire – Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ».

 

Oui. la souffrance n’est pas voulue par Dieu. Elle est un sabotage de son plan. Du reste, les attitudes et les paroles du Christ nous révèlent la pensée de Dieu face à la souffrance. Il guérit les malades, chasse les démons, ressuscite les morts, non pas de temps en temps mais constamment. La souffrance, comme à nous, lui est intolérable ; il a pitié des foules. Il pleure à la mort de son ami Lazare. Il accepte lui-même de mourir pour mieux vaincre la mort par sa Résurrection.

 

Suivre son exemple, c’est ne pas rester impassible, ni insensible devant la souffrance, mais c’est tout mettre en œuvre pour la faire cesser.

 

Mais peut-être aussi faut-il profiter de nos épreuves pour repenser le sens que nous donnons à notre vie. Pour certains la vie n’a pas de sens, elle est absurde, résulte d’un hasard, se termine par une mort définitive. La souffrance ne peut ni être vaincue ni même utilisée. On souffre donc en pure perte.

 

Vaincre la souffrance avec le Christ

 

Au contraire, à en croire le Christ, la vie a un sens. Elle consiste à marcher dans une direction : celle de Dieu. Q Je suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la vie » (Jean 8, 12). Ce n’est pas contourner l’obstacle ou le faire sauter, mais c’est transformer l’obstacle en occasion d’aimer ; c’est vouloir aborder toute sa vie comme le Christ et grâce au Christ et cela avec la force que nous lui demandons pour pouvoir constamment être ouvert à Dieu et au prochain : savoir pardonner de tout cœur, accepter par amour pour Lui une souffrance aiguë, une douleur physique, morale, etc.

 

Alors nous prenons conscience de notre pauvreté, de notre fragilité, de notre indigence spirituelle. Nous nous rendons compte que par nous-mêmes nous ne pouvons rien. Nous nous sentons plus que jamais dans la main de Dieu, ce Dieu que nous oublions trop souvent dans les périodes de joie et d’abondance. Le fils prodigue serait-il retourné vers son père s’il n’avait pas été dans la misère ? (Luc XV, 11-21). Relisons lentement ce passage en pensant que le fils prodigue c’est nous ; regardons Dieu, le Père, se précipiter vers nous. Il est là, Il nous attend. Profitons-en pour nous réconcilier avec Lui si pendant un certain temps nous l’avons délaissé. Et comme dit le Psaume 119 Q Avant d’être affligé, je m’égarais ; maintenant j’observe ton message ».

 

Et peu à peu, nous devenons capables de mieux comprendre nos frères qui souffrent et de les aider. Alors notre souffrance qui, peut-être, nous a révoltés et éloignés de Dieu, au départ, acceptée et offerte au Christ en union avec celles qu’il a Lui-même vécues, ne restera pas stérile mais aidera tous ceux qui cherchent ou luttent à trouver le chemin de Dieu.

 

Oui, Dieu sait notre faiblesse, Il ne nous a pas caché les difficultés du chemin à parcourir sur cette terre. Il nous a même enjoint de porter notre croix et de Le suivre. Notre croix ! Non pas celle que nous voudrions choisir en un moment de grand élan mystique mais la croix quotidienne, banale, du travail fastidieux, de la vie monotone, de la solitude, de l’incompréhension des proches, de l’abandon des amis, mais aussi la croix des drames de l’existence.

 

Chacun de nous a traversé ou traversera ces moments très durs où à la suite d’épreuves, on perd pied, on se sent absolument sans courage. On a l’impression de se heurter à un mur tant la douleur nous accable, nous anéantit, d’être dans un tunnel, de ne plus y voir clair, de ne plus savoir ce que Dieu attend de nous. A ces moments-là offrons-lui notre vie qui nous paraît si abîmée par les circonstances, c’est le plus beau témoignage d’amour que nous pouvons lui faire, et petit à petit Dieu nous amènera par des chemins quelquefois obscurs et détournés à réaliser notre vraie vocation de chrétien et rappelons-nous que tout tunnel débouche sur la Lumière.

 

Aussi si seuls, si incompris, si abandonnés que nous soyons, tournons-nous vers Lui et demandons-Lui sa force et son aide qu’il ne peut nous refuser. Oui, cher lecteur, ce sont des périodes presque héroïques à supporter et que nous devons vivre uniquement de fidélité et de confiance en Dieu. De quoi demain sera fait, Dieu seul Le sait, mais Il nous aidera dans la mesure où nous lui ferons confiance. Notre plus grand tort est d’envisager l’avenir en comptant d’abord sur nous et sur Dieu après et c’est pourquoi nous sombrons dans le découragement.

 

Une fois que le grand ermite saint Antoine eut surmonté sa détresse, il demanda « Où étiez-vous Seigneur, pendant tout ce temps ?  » Et il lui fut répondu « Plus près de toi que jamais ».

 

Même si nous n’avons plus la force de prier, laissons-nous porter par la prière des autres, jusqu’à ce que nous soyons capables de prier avec eux et pour eux et nous.

 

Comme disait cette grande malade : « Quand on est démuni de l’essentiel, on est bien obligé de remettre en question l’idée du bonheur. Pour moi qui souffre journellement, le bonheur consiste à souffrir dans l’espoir, c’est-à-dire en sachant que ma douleur est utile pour sauver les hommes. Dès que je souffre avec désespoir, il arrive que je pense au suicide, je sens que je manque d’air ; le bonheur m’échappe. Mon vœu est de m’unir plus totalement aux souffrances du Christ. Je sais que sans Lui je ne serais plus de ce monde.  »

 

Ou cette autre qui fut très éprouvée : « Et puis il y a eu cette redécouverte de l’Amour après être passée par la souffrance, après avoir désespéré de l’amour de mon mari, de tout amour, de celui même de Dieu, je crois.

 

« J’ai su ce que c’était que d’être une morte ou plutôt une vivante sans espoir, rivée à l’instant présent, vide de pensée, incapable de porter autre chose qu’un travail matériel écrasant, n’ayant plus la force que de me traîner seconde après seconde. Le jour où, au bout de tout cela, on découvre un sens à la vie, à la souffrance, tout est transformé et cette vie de morte devient une vie de vivante.  »

 

« Le bonheur, c’est quelque chose que l’on porte en soi. Une espèce de joie ardente, une paix confiante, une sorte de vie en plénitude où il n’y a rien de trop, une richesse qui vous permet d’accepter les peines et les souffrances aussi bien que les joies, de porter à la fois la beauté et la misère du monde. Plus détachée peut-être, mais indifférente, oh non. Pleinement consciente des pauvres limites humaines et aussi de nos possibilités de les dépasser. Pleinement consciente de notre égoïsme et certaine, pourtant, de pouvoir petit à petit en se flattant avec soi-même se vaincre et aimer enfin gratuitement le monde entier et soi-même en un unique amour: Dieu. »

 

Je pourrais vous donner de nombreux témoignages. Les réponses sont toujours la même : à travers les souffrances, ces chrétiens ont rencontré l’amour infini du Christ qui en ressuscitant a triomphé du mal et nous appelle à partager sa victoire et sa joie. Cette joie spirituelle ne peut disparaître, elle peut épouser les plus grandes souffrances. C’est elle qui faisait dire à saint Paul en prison : « Je surabonde de joie dans mes fers » et à cet enfant de douze ans, condamné d’une leucémie et qui avait accepté la volonté de Dieu : « Ce que je suis heureux » alors que tout son corps était broyé par la souffrance du mal qui le rongeait. Evidemment, il ne s’agit pas d’un bonheur humain mais d’une paix et joie profonde que Dieu donne à tous ceux qui l’aiment et le suivent.

 

Souffrir sans aimer est la chose la plus atroce, mais comprendre qu’à travers elle, en luttant contre elle, on rejoint l’amour du Christ, alors tout change.

 

« Solution de chrétien » dira-t-on en lisant cette notice. Oui. Mais existe-t-il en dehors du christianisme une réponse meilleure? Ce n’est pas le christianisme qui a inventé la souffrance. Celle-ci est un mystère inéluctable par rapport auquel il faut se situer. Si la réponse chrétienne est celle qui comprend le mieux le problème de l’homme et qui lui permet de se dépasser lui-même pour un plus grand bien sans sombrer dans le désespoir, n’est-ce pas là un signe de sa vérité ?

 

Rencontre – Basilique de Montmartre – cum permissu superiorum.

Le progrès de la science et des techniques ne rend-il pas la religion inutile ?

 

Depuis cent ans, la vitesse maximum atteinte par l’être humain est passée des moins de 100 km/h des premiers trains à vapeur aux 30 000km/h des satellites habités. La découverte de la relativité et des quanta et celle de l’énergie atomique qui en découla ont mis en cause les bases mêmes de la civilisation. L’évolution n’est plus une hypothèse mais une certitude qu’il paraît aussi difficile denier que la structure du système planétaire. Ne serait-elle pas également l’explication de l’avenir ? Les synthèses récentes des substances chimiques aux limites du minéral et du biologique permettent d’envisager, à plus ou moins longue échéance, l’analyse scientifique de la vie. Et que dire de la cybernétique, de la psychologie ou de la sociologie dont le développement au cours du dernier quart de siècle tient du prodige qui rendent compte des mécanismes profonds de l’homme, dont l’étude qui était autrefois réservée aux seuls théologiens. Devant un tel progrès, la religion n’est-elle pas destinée à disparaître ?

Pour répondre à cette question, nous verrons successivement :

–      Qu’il existe des problèmes que la science ne résout pas et que le développement des techniques oblige à poser avec toujours plus d’acuité ;

–      Qu’il existe un domaine de réalités qui ne sont pas soumises aux critères scientifiques et qui ne sont pas atteintes par la marche du progrès technique ;

–      Que la religion se situe précisément dans ce domaine et qu’elle donne les réponses les plus précises et les plus constructives aux problèmes que le progrès pose aux scientifiques.

 

Le développement de la science pose à l’homme des questions

Pour situer la religion à sa juste place face à la science, il faut essayer de faire le bilan des changements opérés récemment dans le monde scientifique et technique. Ceux-ci peuvent se classer autour de trois têtes de chapitre : progrès des connaissances, progrès de la puissance mise au service de l’homme, apparition d’un nouveau type d’homme scientifique et technicien.

 

On constate que chaque ligne de développement comporte une contrepartie.

 

Des interrogations, suscitées par ses découvertes, se dressent devant l’homme

–      Sur quelles bases s’édifie l’explication scientifique ?

–      Comment orienter le progrès pour qu’il apporte le bonheur et non la destruction de l’homme ?

–      Quel idéal humain doit-on promouvoir ? Est-ce bien celui du scientifique et du technicien ?

 

a) Le progrès des connaissances scientifiques a-t-il des limites ?

Le progrès scientifique est d’abord l’extraordinaire progrès de la connaissance que l’homme a du monde. Des milliers d’expériences ont été effectuées, des hypothèses vérifiées. Tant par l’exploration de l’espace extérieur que par l’analyse de la structure de la matière, la recherche scientifique a mis en évidence des univers nouveaux. Ne peut-on espérer qu’un jour tout pourra s’expliquer scientifiquement ? Répondre à cette question. c’est déjà s’engager en dehors de la science.

 

La science, quoiqu’on en ait dit, n’explique rien, elle se contente de décrire. Elle essaie de coordonner les faits grâce à des formules mathématiques et d’enserrer l’image de l’ensemble du monde dans une théorie unique. Bien sûr, la logique de ces équations, la cohérence et la simplicité des théories apportent une satisfaction à l’esprit humain qui « comprend f mieux le monde. Mais supposons que, dans le meilleur cas, la science puisse tout réduire à une unique équation qui résumerait en elle tous les événements de l’univers, la question se poserait encore : pourquoi cette équation ? D’où vient-elle ? Quelle est sa valeur ?

 

La réponse est d’autant plus difficile à donner qu’un domaine échappe obligatoirement à une telle équation universelle. C’est celui du travail concret de recherche grâce auquel elle a été établie. Supposons en effet quelqu’un qui affirme que le choix de la vocation scientifique, la prise en considération de telle ou telle piste de recherche, l’adoption d’hypothèses qui s’avèrent insatisfaisantes, puis leur rejet découlent d’une loi immuable. Il est acculé à une vision fataliste de la vie. C’est la disparition de tout sens critique, de toute liberté du chercheur et finalement, de tout effort et de tout l’esprit créateur dont la recherche se nourrit. C’est la mort de tout progrès.

 

Mais en sens inverse, si la nature n’est pas entièrement régie par des lois, si l’indéterminisme y a sa place, comment se fait-il que la science enregistre des réussites ? Quelle est la part du déterminisme et celle de l’indéterminisme ? Quel crédit accorder à une affirmation scientifique donnée ? Pourquoi la logique mathématique s’applique-t-elle efficacement à l’analyse des choses ? « Le plus incompréhensible est qu’on y comprend quelque chose f, disait Einstein. On est face au mystère de l’esprit humain et de ses rapports avec l’univers. La méthode scientifique aide à le cerner mais non à le résoudre.

 

b) A quoi va servir le progrès technique?

Le progrès scientifique est indissolublement lié au progrès technique. Une puissance toujours plus grande est mise entre les mains de l’homme. L’énergie nucléaire et bientôt thermonucléaire apporte avec elle une richesse impressionnante de moyens d’exploitation de l’univers. En même temps, la vitesse des communications s’accroît. Le monde, en quelque sorte, se rétrécit. Un événement survenu en Asie trouve son écho dans l’opinion européenne quelques heures plus tard. Et tout cela n’est pas réservé à quelques spécialistes, mais livré à l’homme de la rue dont le confort augmente, dont les loisirs deviennent plus variés, et dont la culture s’approfondit.

 

Mais à mesure que l’humanité trouve les moyens de s’unifier, et qu’elle prend conscience d’avoir entre ses mains une puissance capable de conquérir l’univers, elle se rend compte qu’elle se trouve à une croisée de chemins. On connaît le drame des savants atomistes qui se sont aperçus à la suite de la première explosion nucléaire que l’outil qu’ils avaient livré à l’humanité pouvait être un instrument de mort en même temps que de vie. L’humanité peut se servir des moyens mis entre ses mains par la science pour son bien ou pour sa destruction. Il est aujourd’hui possible à l’homme de détruire l’humanité. La question se pose alors, angoissante : comment utiliser la puissance technique pour ne pas aboutir à la catastrophe? Et d’abord est-ce possible ? L’homme a-t-il été libéré par la science ou est-il un apprenti sorcier en passe d’être asservi par les puissances qu’il a mises en action ? Comment se servir des moyens de communication perfectionnés pour que le monde ne devienne pas un immense camp de concentration ? Quelle orientation donner à l’évolution de l’homme ? Vers quel idéal doit-il tendre ? Grâce au progrès scientifique, l’humanité est aujourd’hui semblable à un adolescent arrivé à la fin de sa croissance physique. Une question se pose à lui : la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Et si oui, pourquoi ? Il peut y avoir un suicide collectif de l’humanité comme il y a des suicides d’adolescents incapables de répondre à ce « pourquoi f. Si la science oblige à se poser cette question, n’est-ce pas parce qu’elle n’en possède pas la réponse ?

 

c) Quel idéal proposer à L’homme moderne ?

Il semble cependant qu’il y a une échappatoire à cette impasse. Le progrès, ce n’est pas seulement connaissances nouvelles ou conquête matérielle de l’univers ; c’est aussi un nouveau type d’homme qui apparaît. La science exige du chercheur ou du technicien honnêteté intellectuelle et morale, sens du travail en commun, esprit critique en même temps que créateur, sens des réalités concrètes, persévérance dans le travail, pour ne citer que quelques traits. N’est-ce pas là l’idéal moral qui peut remplacer avantageusement l’idéal religieux ? La question ne peut pas être résolue aussi vite. Si le progrès scientifique et technique exige de l’homme toutes ces qualités, celui-ci est libre de les acquérir ou non. Tout dépend de l’idéal auquel il adhère. Cet idéal peut bien sûr être le progrès de l’humanité en tant que tel. Mais cela peut être aussi l’attrait de la recherche ou l’enthousiasme d’une puissance extraordinaire livrée entre ses mains. Mais alors on risque de canoniser l’apprenti sorcier ou le technocrate. Quelles sont les limites de la recherche, en particulier de la recherche sur l’homme ? Comment définir cet idéal scientifique pour qu’il ne devienne pas de fait monstrueux. Comment y intégrer ces expériences humaines fondamentales que sont l’amour, la paix du cœur, la joie ? Pour cela, il faut se situer par rapport à un Absolu qui donne un sens à la vie et, à nouveau, dépasser le niveau purement scientifique et technique.

 

Toutes ces remarques montrent bien que loin de se suffire à lui-même le progrès de la science et des techniques postule une réflexion et des prises de position individuelles et collectives qui le dépassent. Reste à savoir dans quel ordre d’expériences humaines il faut en chercher la source.

 

Au-delà du monde scientifique, le monde des relations de personnes

Les questions qui viennent d’être posées à la lumière du progrès scientifique et technique ne sont pas absolument neuves. Les hommes n’ont pas attendu les XIXe et XXe siècles pour demander Q qu’est-ce que la vérité ?  f, pour s’inquiéter de leur avenir, pour essayer de définir un idéal pour l’humanité. Spontanément ils s’adressaient à ce qu’ils appelaient le bon sens populaire, les hommes d’expérience, les oracles, les maîtres de sagesse. Ils sentaient qu’il y avait là un monde qui émergeait du cours de l’histoire, ils percevaient l’existence de réponses éternelles à des questions éternelles. Quelques exemples permettront de mieux situer un tel monde.

 

a) Des certitudes autres que mathématiques

Lorsqu’un jeune homme dit à sa fiancée : Chérie je t’aime, la jeune fille sait avec une certitude absolue qu’elle dit vrai en répondant : Je t’aime aussi  ». Il n’y a chez ces deux jeunes gens aucun calcul mathématique. Leur démarche est pourtant pleinement rationnelle. Un jour peut-être, diront-ils, toujours avec la même certitude: Nous le ferions encore si c’était à refaire. D’où viennent la force et la lumière de leur adhésion ? De ce qu’ils ont apprécié leurs valeurs réciproques. Ils ont senti que leur rencontre donnait une profondeur, une densité, une dimension nouvelle à chacune de leurs existences. Ils ont perçu la joie qu’on éprouve lorsque la vie prend un sens. C’est ce sens de la vie, d’une vie vraie et pleine, qu’ils viennent de découvrir qui fonde leur certitude. La logique, le raisonnement n’en sont pas absents, loin de là, mais ils sont d’une autre nature que ceux d’une analyse scientifique.

 

b) Des valeurs qui ne sont pas sujettes à évolution

Qu’est-ce qui fait courir le monde, dis-moi, le sais-tu ? demande la chanson… et elle ne répond pas.

Ce qui est certain c’est que tous les hommes cherchent le bonheur, la joie. Seulement, chacun les situe à sa manière, l’un dans la richesse, l’autre dans l’action, le troisième dans l’amour. La valeur de chacune de ces perspectives vient de ce qu’elles sont toutes l’occasion de rencontres personnelles toujours actuelles et toujours épanouissantes au-delà des modalités concrètes qui évoluent avec l’histoire. La richesse peut se manifester par un grand nombre de têtes de bétail chez le nomade, ou un compte en banque fourni chez le businessman. Elle intéresse surtout par la considération qu’elle suscite, l’influence qu’elle donne, la fréquentation de gens importants qu’elle permet. Les joies de l’action, que celle-ci soit guerrière, politique ou commerciale, ne dépendent pas tant des moyens mis en jeu que de la collaboration qu’elle permet avec d’autres libertés, de l’épanouissement des valeurs de chacun qu’elle favorise.

On peut concevoir enfin deux amoureux qui s’aiment autant dans uneQ Caravelle f que dans un char à bancs mérovingien. C’est que leur amour ne dépend pas des sujets de conversation qui ont pu changer. Le bonheur qu’ils goûtent vient de la communion qu’ils réalisent dans le don mutuel de leur vie. A ce niveau, c’est déjà une sorte d’éternité dont ils ont l’expérience et qu’aucun progrès technique ne saurait atteindre.

 

c) Un ordre des fins qui se distingue de l’ordre des moyens

On s’est demandé à plusieurs reprises s’il fallait démolir la Tour Eiffel. Pour trancher la question, on a mis en avant les faibles risques d’accident, les frais de démolition, le bénéfice financier des visites, l’utilité pour l’O.R.T.F. Bien que sa silhouette soit particulièrement typique du ciel parisien, il ne semble pourtant pas qu’en cas de catastrophe on soit tenté d’en reconstruire une reproduction. En tout état de cause, le fait qu’Eiffel ait construit un chef-d’œuvre de calcul mathématique n’est pas intervenu dans la discussion. Il ne viendrait à la pensée de personne de démolir Notre-Dame. Quels que soient les frais de réparation, on essaiera de la sauvegarder. Au besoin, comme l’a déjà fait Viollet le Duc, on reproduira telle ou telle partie qui a subi les outrages du temps. Toutes les ressources de la technique seront mises en œuvre pour la sauvegarde de ce chef-d’œuvre. C’est qu’on découvre dans une œuvre d’art telle qu’une cathédrale gothique quelque chose de plus que le calcul. Un mouvement, un élan, une harmonie, une grâce s’y révèlent qui assument la perfection géométrique de la maçonnerie, mais la dépassent, La technique se juge par son utilité ou son inutilité. Elle est au service de l’homme. Au contraire la beauté s’impose à l’homme et l’oblige à la respecter, l’admirer, la servir. Quelque chose d’analogue se retrouve dans le cas de l’amour. Un jeune homme qui épouse une jeune fille pour les avantages que cela peut lui procurer ne sait pas ce que c’est qu’aimer. Au contraire, s’il aime vraiment sa fiancée, il est prêt à tous les sacrifices pour elle.

Ces exemples permettent de faire la différence entre ce que 1’on appelle l’ordre des moyens et l’ordre des fins. Les moyens se jugent par leur utilité ou leur inutilité. Telles sont la technique et ses productions, la recherche et ses hypothèses. Au contraire, les fins ne servent à rien, elles sont là et appellent l’homme à les admirer, à les aimer, à s’arrêter en elles. C’est en se vouant à leur service jusqu’au sacrifice qu’on trouve, dans la communion à un idéal, le plus profond bonheur possible.

La religion fait partie de ce monde des relations entre personnes. Elle aussi suppose des certitudes autres que purement mathématiques ; elle aussi fait expérimenter des dimensions autres que celles du progrès technique ; elle aussi dirige l’action non pas selon l’utilité ou l’inutilité mais en fonction de finalités suprêmes. Il reste à savoir si l’existence de la foi est purement extérieure au monde de la science et de la technique et donc lui est indifférente ou, au contraire, si elle apporte quelques éclaircissements aux problèmes fondamentaux que le progrès pose à l’homme.

 

La religion répond au problème du scientifique

Les questions que le progrès de la science pose au scientifique se ramènent finalement à trois : existence d’un monde au-delà du niveau scientifique, place de l’homme face à ce monde, place de l’activité scientifique à l’intérieur de l’ensemble de l’activité humaine. C’est précisément le propre d’une religion que de répondre à de tels problèmes. Mais quelle religion choisir ? Une réflexion sur la science ne donne pas bien entendu de réponse à cette question, mais il est cependant possible de définir quelques caractéristiques d’une religion acceptable pour l’homme moderne.

 

a) Une clef de voûte : Dieu Amour

Le scientifique, en réfléchissant sur son activité, sur le progrès du monde, prend conscience de ce que l’univers a un sens, qu’il est compréhensible. Il y a, dans les événements et dans les choses, une logique profonde. L’homme peut, bien sûr, nier cela en affirmant que tout est absurde, mais ainsi il attaque les bases mêmes de toute science, c’est un véritable suicide intellectuel. Au contraire, si l’homme reste logique avec son comportement habituel, il est obligé d’affirmer que sa vie et celle de l’humanité doivent avoir un sens. Mais où trouver celui-ci ? Le progrès en tant que tel est insuffisant, il porte sur la vitesse de marche, non sur la direction. Il faut donc faire appel à une autre expérience humaine pour découvrir cette dernière. Il semble qu’à ce niveau l’amour seul puisse constituer une base de départ suffisante. C’est l’amour qui donne le meilleur sens à une partie au moins de la vie de l’homme et lui permet d’unifier vie familiale, professionnelle et sociale. Mais aucun amour humain n’est parfaitement satisfaisant. On est toujours plus ou moins déçu par celui qu’on aime. L’amour est rarement assez fort pour assumer réellement toutes les activités d’un homme et conserver fidélité et ardeur tout au long d’une vie. Et pourtant l’homme continue à désirer un amour parfaitement transparent, éternel, total. D’où peut bien lui venir ce désir puisque l’expérience quotidienne n’a pas pu le mettre en son cœur? Si l’on ne veut pas retomber dans le cercle vicieux ou dans l’absurde, il faut admettre qu’au fond de chaque homme retentit un appel dont l’origine dépasse l’univers. Cela suppose l’existence d’un Etre absolu qui fonde la marche du monde et attire toute chose vers lui dans l’amour. Seule une réponse personnelle à un tel appel permet alors à l’homme de trouver le véritable sens de son existence et de celle de tout être.

 

b) Une relation concrète avec Dieu

Lorsque le scientifique regarde autour de lui, il est souvent horrifié. Dans le monde moderne, à cause de la solidarité extraordinaire qui lie les hommes les uns aux autres, les moindres déficiences s’ajoutent les unes aux autres. Petits égoïsmes, vanités, lâchetés, sensualités qui autrefois auraient passé inaperçus, s’additionnent avec une logique implacable et risquent d’influencer la marche même du monde. Une guerre n’est plus aujourd’hui un problème posé à quelques hommes d’élite. La paix dans le monde dépend du niveau moral de l’ensemble de l’humanité. Mais comment réaliser dans la vie de chaque jour cette pureté, cette disponibilité, cette ouverture, ce désintéressement indispensables si l’on veut éviter les pires catastrophes. C’est possible à la seule condition que ce Dieu dont on a trouvé l’existence ne reste pas une réalité intellectuelle. Il faut qu’Il se fasse tout proche de l’homme, lui accorde les moyens concrets et même matériels de vivre Son amour, qu’il contrebalance par une solidarité dans le Bien le terrible engrenage des déficiences et enfin qu’Il donne un sens même à là souffrance et à la peine des hommes, apparemment absurdes et scandaleuses.

 

c) Une foi qui ne détruit pas la science, mais achève l’homme

La science, depuis deux siècles, a donné à l’homme une nouvelle conscience de lui-même. Toute vision globale de l’homme et du monde, et la religion en est une, ne peut être admise que si elle respecte cet acquis. Autrement dit, une religion ne peut être humaine que si elle est une. prise de position raisonnable. Or, aujourd’hui cela suppose une attitude vis-à-vis du progrès scientifique qui ne soit pas une simple négation. Il faut, au contraire, que la religion montre comment les acquisitions de la science permettent un approfondissement de la conception de Dieu. Elle doit indiquer comment la puissance mise au service de l’homme doit être utilisée pour son bien, pour le bien de ses frères. Finalement, c’est de la religion qu’on attend le moyen de concilier un travail matériel. scientifique, technique avec la recherche de Dieu.

 

Témoignage d’un scientifique 

L’auteur de ces lignes est un scientifique chrétien. A un moment de sa vie, il a affronté jusqu’à l’angoisse les tensions entre science et foi. C’est finalement en découvrant les profondeurs de la foi chrétienne qu’il a personnellement résolu le problème. Seul le Dieu de la foi chrétienne lui a paru digne des exigences d’amour que porte en lui le mouvement du monde et de l’humanité. Dans la rencontre de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu venu au milieu des hommes, il a trouvé une amitié concrète capable de bouleverser la vie d’un homme, de lui donner perfection, ouverture et rayonnement à l’échelle du monde. La mort du Christ et sa résurrection lui ont paru la seule réponse à l’anxiété d’un monde placé devant un avenir si lourdement handicapé par les déficiences humaines. La charité chrétienne enfin, vécue dans l’Eglise, lui a paru le moyen le plus adéquat et le plus efficace pour mettre au service du bonheur des hommes les acquisitions du progrès et unifier très concrètement travail scientifique et union à Dieu.

Toutes les religions ne se valent-elles pas ?

 

Le spectacle des Hindous qui prient sur les bords du Gange à Bénarès ou des Musulmans du Maghreb qui arrêtent tout travail et se prosternent en pleine rue à l’appel du muezzin pose toujours à l’homme de culture occidentale une question fondamentale. Le Christianisme est-il vraiment une voie privilégiée pour aller à Dieu ? Les autres religions ne sont-elles pas également bonnes ? Le choix d’une religion n’est-il pas question de tempérament, de civilisation et donc simplement de naissance ? Pour essayer de répondre à ces questions, nous examinerons successivement :

 

I – L’attitude de l’homme en quête d’une religion.

II – Le tableau des divers types de religions entre lesquelles le choix est possible.

III – Quelques suggestions pratiques pour guider la recherche.

 

A la recherche d’une religion

On peut se poser la question de la pluralité des religions simplement par curiosité ; mais une telle attitude d’esprit ne permet qu’un regard superficiel sur le fait religieux. Il n’en est pas de même quand l’homme, qui s’interroge à ce propos, est déjà à la recherche de Dieu. En effet, il a alors découvert que l’Absolu était une personne parfaitement libre et souveraine. Il désire Le rencontrer mais il sait que Dieu ne peut être rejoint en dehors d’un rendez-vous concret qu’Il a Lui-même révélé à l’homme. Celui-ci doit donc interroger ceux qui se disent envoyés par Dieu pour savoir si leur mission est effectivement vraie. Cependant, face à la multiplicité de témoignages qui s’offrent à lui, il est dérouté.

 

a) Des éléments communs dans des perspectives contradictoires

Une première solution semble toute simple. Dans toutes les religions, on trouve des rites semblables (repas, purification), des prières de même type (adoration, demande, action de grâces), des images apparentées (création, catastrophe initiale, fin du monde, royauté divine), des institutions comparables (sacerdoce, enseignement, consécration à Dieu). Mais en même temps on observe des options religieuses contradictoires. N’est-ce pas le signe du mal qui ronge le cœur des hommes ? Ne faudrait-il pas réduire toutes les religions à leur commun dénominateur pour y découvrir la trace de Dieu ? Mais, faire cela serait appauvrir effroyablement le message de chacune d’elles. Cela équivaudrait à établir le portrait robot d’un homme qui ressemblerait à une centaine d’individus pris au hasard.

 

b) La personnalité de chaque religion

Au contraire, il faut se rappeler que dans une religion c’est l’homme qui cherche a exprimer son contact avec Dieu grâce à des manières de faire humaines. Celles-ci sont comme une langue dont le vocabulaire n’est pas infini. Il est tout normal que, pour exprimer une purification, on se serve spontanément du symbole du bain, que l’autorisé prenne les traits d’un roi et que la création apparaisse comme une fabrication du monde par un Dieu artisan. Ce qui compte alors ce ne sont pas les images utilisées, mais leur sens synthétique, la relation à Dieu qu’elles incarnent. Chaque religion a sa personnalité, son originalité. C’est dans ses profondeurs qu’il faut chercher l’écho de Dieu. Seulement, si Dieu est unique, il n’apparaît pas possible qu’Il se révèle aux hommes de façon contradictoire. Dans la mesure où elles s’opposent, les religions ne peuvent donc être toutes révélées de façon équivalente. Comment alors concilier cela avec le fait qu’un Dieu unique est le Dieu de tous les hommes ? N’est-il pas scandaleux qu’Il se révèle à quelques privilégiés? Mais derrière la question se cache un présupposé. Chaque homme souhaite, plus ou moins consciemment, que la révélation divine se présente à lui sans intermédiaire, à la manière d’un Q Chemin de Damas f qui l’obligerait à croire. Mais, forcer Dieu à intervenir dans le monde de cette façon uniforme, c’est limiter sa liberté et sa puissance. Il apparaît au contraire beaucoup plus conforme à la Sagesse divine que Dieu respecte les libertés qu’il a créées en les chargeant de transmettre une révélation confiée à quelques-uns. Aussi, à l’action proprement divine, il faut ajouter les contre-courants créés par la paresse, l’égoïsme, l’ignorance, la faiblesse et le péché des hommes qui en sont les échos. Il y a là de quoi expliquer la multiplicité des religions.

 

c) Découvrir un ordre de valeurs

En poussant à la limite les explications précédentes, on sera tenté d’affirmer que toutes les religions se valent, qu’elles sont comme des voies, toutes imparfaites, qui convergent à l’unique sommet de la montagne. C’est évidemment une hypothèse qu’il est possible d’émettre mais, à nouveau, elle réduit l’acte de révélation à une action unique de la liberté divine, répercutée de diverses façons, toutes équivalentes. Or, on peut également supposer que Dieu, avec une pédagogie consommée ne se révèle pas tout entier du premier coup mais agit avec mesure, préparant peu à peu l’humanité à la Révélation définitive. Seule une telle hypothèse rend parfaitement compte du fait religieux judéo-chrétien. Elle suppose que les religions n’ont pas la même valeur. Chacune présente une attitude face à l’Absolu divin plus ou moins parfaite ; et, en même temps, annonce et promet un dépassement de sa figure historique limitée.

 

Appartenir à une religion donnée, y adhérer de toutes ses forces, c’est donc être animé d’un mouvement divin qui pousse à la recherche. Supposons un Hindou qui vient en pèlerinage à Bénarès. Il fait ainsi un acte authentique d’adhésion à Dieu mais, pour être véritablement religieux, il faut qu’il découvre que ce n’est pas un geste magique ou superstitieux qui lui achèterait le salut. Il faut qu’il attende une grâce divine qui dépasse ce qu’il en expérimente dans les rites qu’il effectue. Dans certaines circonstances, l’individu ira jusqu’à percevoir des raisons suffisantes pour quitter la religion dans laquelle il est né et pour en adopter une autre qu’il découvrira meilleure. Dans d’autres cas, de telles raisons ne peuvent être découvertes que par un observateur d’une religion plus haute. C’est ainsi que les Juifs et les Musulmans comprennent mieux les insuffisances du fétichisme que les païens vivant dans la terreur de leur sorcier.

 

Dans les pages qui suivent c’est un chrétien qui examine les diverses attitudes religieuses pour essayer de trouver la vérité qui est en chacune d’elles ainsi que l’élan de recherche de Dieu qui les anime et dont il trouve le courant principal dans l’Histoire Sainte judéo-chrétienne.

 

Les types religieux fondamentaux

L’étude des diverses religions permet de classer en deux types fondamentaux les attitudes de l’homme face à l’Absolu.

 

Dans les religions naturelles, l’homme découvre Dieu comme créateur à partir de ses traces dans l’univers. Il répond à cette connaissance par une réaction spontanée. Mais, à cette occasion, il prend conscience de ses diverses aspirations insatisfaites et se pose le problème du mal et de la souffrance. L’ébauche de solution qui y est apportée s’avère inadéquate et oblige à une nouvelle recherche.

 

Les religions issues de l’Ancien Testament reconnaissent Dieu à partir de son intervention dans l’histoire où Il se choisit un peuple, le guide et le sauve. Le judaïsme et l’islam recueillent le sens de cette histoire, Q La Parole de Dieu », sous la forme d’un Livre. Le Christianisme croit que cette Parole divine est totalement réalisée dans l’Homme-Dieu : Jésus-Christ.

 

A. LES RELIGIONS NATURELLES

Les comportements de l’homme face à la divinité dans les religions naturelles se distinguent selon l’importance qu’elles accordent, comme source de la connaissance de Dieu, au message des forces de vie, à celui de la conscience humaine ou encore à la constitution sociale de l’humanité.

 

1) Les religions primitives

Dans les religions dites Primitives, Dieu est découvert comme l’auteur de la vie. Il est, par le fait même, maître de la mort. Pour se sauver du malheur, il faut communier à la puissance divine et pénétrer ses secrets.

 a) Chez les peuplades au stade de la cueillette, la divinité est sentie comme une Providence qui assure à l’homme sa pitance quotidienne grâce aux fruits qu’il trouve dans la forêt.

b) Chez les peuples chasseurs, la divinité se rencontre dans le combat à mort avec des bêtes ou des hommes. Elle est la puissance invincible qui réclame soumission à ses serviteurs, mais se communique à eux.

c) Chez les peuplades à civilisation agraire, Dieu est représenté par les forces de fécondité et d’ordre de l’univers qui assurent à l’homme la nourriture. la santé, la sécurité. La mort n’est qu’un hiver auquel succède le printemps de nouvelles naissances. L’homme est appelé à collaborer spontanément à ce cycle de morts et de renaissances qu’il observe dans ses champs et dans son bétail. Par le sacrifice, il réalise un merveilleux échange en offrant à la divinité les prémices de ses possessions et en recevant en retour toute sorte de bénédictions. Mais ce sacrifice prend toute sa valeur grâce à la prière qui l’accompagne. On peut donc en déduire qu’il y a au fond du cœur de l’homme une lumière qui lui permet d’être en contact avec le ciel. Rechercher cette lumière et la favoriser, c’est le but que se proposent les religions mystiques.

 

2) Les religions mystiques

Dans ces religions et l’exemple le plus connu en est donné par les religions de l’Inde, ou les philosophies religieuses de l’antiquité gréco-romaine, l’homme découvre l’Absolu dans le mystère qu’il perçoit au fond de son propre cœur. En effet, dès qu’il réfléchit sur sa propre vie, l’homme y discerne des profondeurs infinies et des possibilités de domination de tout l’univers. Mais, paradoxalement, alors même qu’il se sent capable de tout comprendre, il est faible, ballotté par les forces de la nature. Le mal et la souffrance viennent de là. Ils ont pour origine l’illusion (maya), le mensonge par lequel l’homme qui porte l’Absolu au-dedans de lui, s’attache aux choses particulières, extérieures et qui passent pour atteindre à la libération (moksha) qui est vie dans l’Absolu, il faut donc se détacher de tous désirs qui lient l’homme aux choses mortelles. Ce détachement ne saurait être purement négatif comme celui de l’ascète, du yogin. En effet, c’est en donnant positivement tout ce que l’on possède et jusqu’à sa propre vie, pour réellement ne rien s’approprier que l’on découvre un jour son véritable Soi qui est l’Absolu.

 

Le Boudhisme a poussé jusqu’à la limite ce don de soi. La libération elle-même, découverte du mystère divin du Nirvana, doit être communiquée. Le mystique se transforme alors en prédicateur. La mission bouddhique sort de l’Inde pour rayonner dans le reste de l’Asie et jusqu’aux confins de l’Europe. L’Absolu apparaît maintenant comme se manifestant à travers l’influence. historique de ses fidèles. C’est ce qui nous amène à considérer un nouveau type de religions les religions d’Empire.

 

3) Les religions d’Empire

Lorsqu’une société politique adopte une attitude religieuse qu’elle perçoit comme universelle, elle trouve dans cette expérience un élan qui la pousse à propager dans le monde qui l’entoure l’adhésion au même idéal. La perception de l’Absolu et la perception des forces d’expansion de la société s’identifient en quelque sorte. C’est ce que l’on trouve dans les religions aussi bien égyptienne qu’assyro-babylonienne, romaine ou perse. De nos jours, quelque chose d’analogue s’observe quand l’Occident déchristianisé identifie son expansion coloniale à la croisade pour le Progrès et la Liberté. Tout ce qui s’oppose au rayonnement de l’Empire est considéré comme force du mal. Suivant le cas, on représente le combat terrestre comme parallèle à un combat céleste du principe du Bien contre le principe du Mal (cf. la religion perse antique), ou au contraire, on divinise rois, empereurs et cités. Le culte de la personnalité du Chef, la fidélité patriotique, l’espérance invincible dans la victoire constituent la véritable religion du peuple.

 

Cependant, à plus ou moins brève échéance, l’Empire est détruit sous le coup des forces adverses extérieures ou intérieures. L’Absolu, perçu dans les forces politiques, doit alors être cherché ailleurs. Celui qui ne veut pas revenir en arrière vers l’âge d’or des religions de la nature ou s’évader du monde dans un contemplation philosophique est amené à chercher une histoire sainte dans laquelle il puisse s’intégrer et qui ne soit pas sujette aux fluorations des civilisations. Une telle figure historique unique à travers laquelle Dieu se révèle et entre en dialogue avec l’homme se présente dans les religions issues de l’Ancien Testament.

 

B. L’ANCIEN TESTAMENT ET SES CONTINUATIONS

Lorsqu’on aborde la lignée religieuse judéo-chrétienne, on est frappé par un double phénomène. D’une part, ces religions annoncent une intervention de Dieu dans l’histoire ; d’autre part, elles insistent sur l’acte libre de foi par lequel l’homme adhère à la Parole de Dieu. On le verra successivement dans l’Ancien Testament et dans ses interprétations symétriques par le Judaïsme et l’islam.

 

a) L’Ancien Testament

Vers l’an 2000 avant notre ère, en réponse à un appel de Dieu, un nomade, Abraham, quitte la Mésopotamie pour s’installer en Palestine. Un peuple se constitue à partir de ses descendants. Dieu se révèle alors comme partenaire de ce peuple dans un dialogue qui se continue tout au long de 2 000 ans d’histoire. Il se manifeste comme une personne agissante, aimante et en même temps découvre l’homme à lui-même dans ses aspirations infinies, mais aussi dans les ingratitudes, les haines, les égoïsmes de son cœur. Les voies de Dieu ne sont pas les voies de l’homme. Mais, malgré la distance insondable qu’il y a entre le Créateur et sa créature pécheresse, Dieu promet aux siens qu’un jour ils goûteront l’unité avec Lui, unité réalisée dans l’Amour. Cela se fera-t-il par une intervention directe de Dieu ou, au contraire, par l’envoi d’un homme capable de vivre dans l’intimité de Dieu et d’y entraîner ses frères ? L’Ancien Testament ne tranche pas la question.

 

b) Le Judaïsme

Parmi les héritiers de l’Ancien Testament, le Judaïsme est celui qui refuse tout complément à la révélation consignée dans la Loi, les Prophètes, les Ecrits des Sages et que les Chrétiens appellent l’Ancien Testament. Cependant, l’attitude religieuse juive n’est pas identique à celle du peuple hébreu d’antan. La religion juive est essentiellement une religion du Livre. C’est dans la méditation de celui-ci et celle de ses commentaires aussi bien que dans l’obéissance minutieuse à la Loi qu’on réalise l’union avec Dieu. La promesse d’unité entre l’homme et Dieu semble ainsi déboucher sur une attitude qui, malgré sa grandeur, choque par les limites de son particularisme racial et de son légalisme littéral. Est-ce l’unique participation possible à la Tradition religieuse de l’Ancien Testament ?

 

c) L’islam

L’islam refuse les limitations du Judaïsme. Il y a un au-delà de l’Ancien Testament qui tranche les questions restées en suspens. Mahomet est le dernier des prophètes. Avec lui, la révélation est close. Il n’y a plus qu’à attendre le jugement dernier où Dieu, transcendant et miséricordieux, accueillera au Paradis ceux qui auront professé qu’il est le seul Dieu et reconnu la mission de Mahomet. Cette attente n’est pas passive ; au contraire, il’ faut mettre toutes ses forces (guerre comprise) au service de la communauté islamique.

 

Tout homme doit sinon croire, du moins reconnaître l’autorité de Dieu à travers la puissance politique musulmane. Cependant, la révélation faite à Mahomet reste consignée dans un livre : le Coran. Celui-ci n’indique pas clairement l’organisme capable de le commenter de façon vivante. Quel est le sens de ce livre pour l’homme d’aujourd’hui ? C’est ce que l’islam ne sait pas définir de façon suffisamment précise. Il s’enferme ainsi irrémédiablement dans le passé. C’est ce qui fait sa difficulté. Comment alors peut-il être porteur d’une Parole divine toujours actuelle ?

 

C. LE CHRISTIANISME

Face aux impasses rencontrées par le Judaïsme et l’islam, le Christianisme apporte une réponse paradoxale. Le dialogue entre Dieu et l’homme, annoncé dans l’histoire du peuple hébreu, a été parfaitement achevé. La venue de Dieu sur terre et l’Elévation totale d’un homme dans l’intimité divine sont un seul et même événement.

 

Le Verbe, Parole de Dieu, s’est fait chair et Il a habité parmi nous, se faisant cet homme : Jésus de Nazareth, Fils de Dieu.

 

La révélation personnelle de Dieu aux hommes et la réponse parfaite de l’homme à Dieu s’unifient parfaitement dans l’obéissance du Christ jusqu’à la mort et sa manifestation glorieuse dans la résurrection. Dieu respecte jusqu’au bout, jusqu’à la mort de son Fils, la liberté pécheresse de l’homme qui se coupe de la vraie vie et met le Christ en croix mais, en même temps, Il est victorieux de tout mal.

 

C’est désormais la foi, c’est-à-dire la relation personnelle de l’homme avec Jésus-Christ qui est le centre de la démarche religieuse. Celui qui s’unit au Christ actuellement vivant car ressuscité, n’a plus à craindre ni le jugement de Dieu sur le péché, ni la souffrance, ni la mort. Il est déjà en un certain sens ressuscité, plus que cela, il est lui-même divinisé, habité par l’Esprit Saint, rendu Fils adoptif de Dieu.

 

Cela est encore caché car nous ne sommes pas pleinement morts avec le Christ, mais nous attendons son retour où apparaîtront clairement au monde entier les dimensions du Ressuscité. L’Eglise est le lieu vivant de rendez-vous où le croyant peut rencontrer le Seigneur. Les sacrements quelle propose sont le prolongement des gestes mêmes du Christ en même temps qu’ils communiquent à l’homme la grâce d’une réponse personnelle et communautaire.

 

Le Christianisme intègre ainsi les richesses des religions naturelles, mystiques et sociales, tout en achevant le mouvement de révélation de l’Ancien Testament. Le Christianisme se présente de la sorte comme une religion parfaite, dernier pas de l’homme en attendant la manifestation pleine et totale de Dieu dans la vie éternelle promise au croyant.

 

Une difficulté surgit cependant devant cette totalité de la Révélation : les Chrétiens ne sont pas d’accord entre eux :

 

– Les Protestants mettent l’accent sur la manière dont on peut rejoindre le Christ de façon personnelle. Ils insistent sur le fait que le contact s’établit lorsque la Parole de Dieu, transmise par l’Ecriture, est rendue vivante dans la communauté croyante grâce à la prédication. Les structures sacramentelles et institutionnelles de l’Eglise servent avant tout à aider celle-ci. Mais, peut-on être réellement uni au Christ dans l’Amour sans sa présence corporelle, sans une obéissance concrète à ses ordres ? Aussi, les Catholiques insistent-ils sur la nécessité d’une Eglise dont l’autorité soit indiscutable en ce qui concerne la foi et qui trouve dans le sacrement de l’Eucharistie le centre d’où la présence corporelle du Christ, mort et ressuscité, rayonne son action aujourd’hui.

 

– Les Orthodoxes sont d’accord avec ce point de vue. Ils posent le problème au niveau de l’organisation de l’autorité ecclésiale. Ils insistent sur le fait que l’unité de l’Eglise se fait dans la charité. Pour cela, il suffit, d’après eux, de chercher l’accord, l’harmonie du corps des évêques sans avoir à recourir aux mesures coercitives d’une autorité romaine… Mais, n’est-ce pas oublier le péché qui persiste et qui provoque des conflits, même à l’intérieur de l’Eglise ? N’est-ce pas négliger l’intention du Christ de fonder le collège des apôtres lui-même comme une institution hiérarchisée, ayant Pierre pour porte-parole? Pour éviter cette difficulté,les Catholiques soulignent la nécessité d’un Pape, successeur de Pierre. Celui-ci, comme serviteur spécial de l’Unité, a le pouvoir d’arbitrage ultime quand les Chrétiens risquent de se diviser sur des questions de foi et de comportement ecclésial. Ils manifestent ainsi que le Christ a fait à son Eglise un don total de ses privilèges. L’Eglise n’est pas une foule qui trouverait son unité en dehors d’elle, immédiatement dans la personne du Christ. Cette unité, le Christ la lui a donnée effectivement avec les moyens de l’assurer à toute heure de l’histoire. L’institution de la papauté en est, grâce à l’action de l’Esprit-Saint, un instrument et un témoignage.

 

Quel comportement adopter ?

Vous vous êtes posé la question de la diversité des religions, c’est que peut-être vous désirez revivifier vos propres relations avec Dieu. Pour cela, l’analyse nécessairement rapide et sommaire qui vient d’être faite ne saurait suffire. Chercher Dieu, c’est l’engagement de toute une vie, ce qui suppose en particulier trois types essentiels d’efforts qui se conditionnent mutuellement.

 

a) La prière

En premier lieu, on ne peut se mettre en quête de Dieu sans un effort de prière. Si Dieu est Dieu, Lui seul a l’initiative et l’homme doit s’y accorder par sa disponibilité et sa soumission. Il ne suffit pas d’en accepter le principe, il faut encore essayer d’y mettre toutes ses forces affectives et morales. Pour cela, il est indispensable de prendre le temps de prier. Au départ, ce peut être simplement l’invocation hypothétique Q Dieu que l’on dit Amour, si tu existes éclaire-moi f, mais au cours de laquelle on essaie de réaliser au plus profond de soi l’ouverture de lumière aussi exigeante qu’elle puisse être. Si, au contraire, on a déjà des connaissances religieuses, il faut se servir de ce qu’on sait déjà de Dieu pour invoquer sa venue.

 

b) L’action

La seconde démarche est celle d’un effort moral, en direction des autres. Toute religion exige une démarche de cet ordre comme application concrète de la découverte de Dieu. Refuser une religion parce qu’elle est trop exigeante serait une malhonnêteté où des raisons théoriques ne feraient que cacher un égoïsme fondamental. C’est au contraire, en faisant l’expérience d’une authentique disponibilité à l’égard des frères que l’on apprend un peu ce que peut être la disponibilité à l’égard de Dieu.

 

c) L’étude

Mais, dès que l’on essaie loyalement ce double effort d’amour, on s’aperçoit de sa faiblesse, de son péché. Seule une révélation concrète de Dieu peut les bousculer et soutenir la bonne volonté vacillante. Pour cela, et c’est la troisième démarche, il faut s’attacher à pénétrer le sens profond de telle ou telle religion concrète. Il faut commencer par reprendre sur de nouvelles bases la religion de son enfance ou celle du milieu culturel dans lequel on vit. Si cette religion est autre que la religion chrétienne, il serait nécessaire de la comparer à la foi au Christ. Si, au contraire, on a été élevé dans le Christianisme une lumière supplémentaire peut venir de la considération parallèle de telle ou telle attitude religieuse actuelle (par exemple, l’islam ou une religion de l’Inde). A ce propos deux remarques sont à faire. En premier lieu, il faut prendre une religion comme elle est, sans en extraire les éléments qui nous plaisent pour en rejeter les autres. Si Dieu se révèle dans tel ou tel cadre, c’est un fait dont il faut respecter les éléments ; sinon, on se prend soi-même pour un fondateur de religion sans en avoir reçu mission. En deuxième lieu, il ne faut pas chercher à examiner toutes les religions pour prendre sa décision, comme il n’est pas nécessaire de connaître toutes les filles du monde avant de choisir celle que l’on aime. Il existe un critère interne qui permet d’apprécier rapidement la valeur d’une religion. Rencontrer Dieu, c’est rencontrer la personnalité la plus extraordinaire qui soit. Or, toute rencontre suppose que l’on se comprenne avec son interlocuteur, qu’on soit compris de lui et qu’on trouve ainsi dans la rencontre son propre épanouissement. Mais, également, tout dialogue est un contact avec quelqu’un d’autre qui nous bouscule et qui dérange nos habitudes de pensée et d’action. Quand il s’agit de rencontrer Dieu qui est l’Autre par excellence, l’infini, mais aussi le Créateur, la Sagesse même, le dérangement et l’arrangement doivent être maxima. La religion vraie répond parfaitement aux aspirations de l’homme en même temps qu’elle bouleverse infiniment son confort égoïste.

 

Mais comment savoir qu’on est dans la bonne voie ? Lorsqu’on est devant une porte fermée avec un trousseau de clefs et que l’une d’entre elles ouvre la serrure, il n’est pas nécessaire de chercher une autre clef. Lorsqu’une démarche religieuse ouvre véritablement le cœur de l’homme à l’irruption de Dieu, il ne faut pas s’évader dans des études infinies. Il faut essayer effectivement de marcher dans la voie proposée. Une telle décision se prend en général progressivement. A force de chercher loyalement et concrètement, un jour, on s’aperçoit que la recherche continue, mais qu’il n’y a plus à revenir en arrière.

 

Conclusion

Le Chrétien qui vient de faire ces réflexions témoigne que dans le combat avec le Christ mort et ressuscité, homme et Dieu, il a trouvé la possibilité d’une amitié divine merveilleuse, victorieuse du mal, de la souffrance, du péché, mais aussi une exigence toujours renouvelée de don de soi, d’amour. La Parole du Christ lui a donné la réponse à tous les grands problèmes de la vie, mais u même coup, elle a suscité de nouvelles recherches. Arrangement et dérangement suscités par la découverte de la personne du Christ se sont révélés pour lui d’une ampleur maximum que l’étude de quelques-unes des grandes religions de l’humanité n’a fait qu’accentuer. Mais, ce témoignage est avant tout un appel au dialogue. Celui-ci vient à peine d’être ébauché par ces lignes, il faut maintenant le continuer de vive voix. Il n’y a pas de marche solitaire vers Dieu, parce que Dieu ne se trouve que dans un dialogue : l’important est de l’engager. Mais, cela suppose une décision que personne ne peut prendre à la place de l’intéressé. Cependant, quelle que soit sa réponse à cette invitation, le lecteur peut être sûr que la prière fraternelle des chrétiens l’accompagnera dans sa recherche pour l’aider et le soutenir.

 

Rencontre – Basilique de Montmartre – cum permissu superiorum.

Ne peut-on suive Jésus-Christ sans obéir à une Église dont les exigences et les prises de position sont parfois contestables ?

 

« Qu’il y a-t-il de commun entre ce trust romain, dirigé par des prélats en dentelles, et la pauvreté évangélique ?  » demandent les uns. « Pas de curé entre Dieu et moi » disent les autres. Il y a aussi ceux qui se taisent mais n’en pensent pas moins… Comment ne pas éprouver un sentiment de scandale au souvenir des abus de l’Inquisition ou du comportement des papes de la Renaissance ? Et combien de personnes sont choquées par certaines attitudes des chrétiens et même des membres du clergé, attitudes non seulement maladroites mais encore franchement contraires à l’esprit de l’Évangile ? D’ailleurs, lorsqu’on est « d’Église » on n’est plus libre, s’entendent dire les chrétiens. La hiérarchie des gens d’Église vous embrigade dans ses activités, vous astreint à la messe hebdomadaire, à la confession… vous dicte des options en matière de politique et va même jusqu’à vous imposer des prises de position dans le domaine intellectuel ! N’est-ce pas là une atteinte à la dignité de la personne humaine ? Jésus-Christ en aurait-il fait autant ?

 

L’Église, rétorquent d’autres, ne doit pas être tellement sûre de ce qu’elle affirme puisqu’elle est en pleine évolution. La religion n’est plus la même de nos jours qu’il y a vingt ans. Qui a raison : ceux qui parlent aujourd’hui ou ceux qui ont parlé hier ? Pie IX et son « Syllabus » ou Jean XXIII et son encyclique « Pacem in terris  » ? Ne serait-il pas plus simple de s’en référer directement aux évangiles ? L’homme moderne a-t-il vraiment encore besoin d’une Église

 

Que faut-il attendre de l’Église ?

Pour répondre à cette question, il faut en poser une autre : que cherche-t-on dans l’Église ? Est-elle une amicale d’entraide des adorateurs du Christ ? Est-elle simplement chargée de faire régner la morale évangélique au service d’une humanité en quête de progrès ? S’il en est ainsi, les défaillances de ses membres peuvent assurément mettre en cause les raisons mêmes de son existence… Ses prises de position intransigeantes paraissent alors inutiles.

 

Mais si l’on considère ce que l’Église dit d’elle-même, on s’aperçoit qu’elle cherche à répondre à un besoin de l’homme plus fondamental encore que son besoin de morale ou d’entraide. L’Église se présente comme le cadre d’un rendez-vous que Dieu donne à l’homme. Dieu est inaccessible par les seules forces humaines. Si l’homme veut entrer en contact avec Dieu, Dieu doit d’abord venir à lui. Or, l’Église a conscience d’être le lieu privilégié où cette rencontre peut se réaliser.

 

L’Évangile n’est-il pas suffisant ?

Mais cette rencontre de Dieu avec les hommes n’est-elle pas déjà totalement réalisée par Jésus-Christ ? N’y a-t-il pas un unique médiateur : le Fils de Dieu devenu chair ? Que peut ajouter l’Église à la personne du Christ ? Ne suffit-il pas d’aimer le Christ tel que l’Évangile l’annonce, de communier par la foi et la pensée avec le Ressuscité ? Pour répondre à ces questions, il faut essayer de savoir ce que signifie cet amour pour le Christ de l’Évangile et voir comment peut se faire la rencontre du chrétien du XXè siècle avec Jésus Ressuscité. Aimer le Christ, suivre le Christ ou être son disciple (les trois expressions sont synonymes dans l’Évangile), cela signifie d’abord écouter sa parole. Dès lors une difficulté se présente : l’Évangile peut être interprété de bien des manières, parfois contradictoires. Laquelle est conforme à l’esprit du Christ ? Il est difficile d’admettre que l’homme n’en saura jamais rien et qu’il doit se contenter de sa propre interprétation au risque de déformer la pensée de Jésus. C’est pourquoi l’Église nous dit qu’elle est la dépositaire authentique de l’esprit de Jésus dans lequel il fait lire l’Évangile.

 

Mais aimer, ce n’est pas seulement connaître, c’est aussi agir. Suivre le Christ signifie agir pour Lui et avec Lui afin de nouer dans cette activité commune un véritable lien d’amour. A nouveau la question se pose : comment l’action du disciple pourra-t-elle s’unir à l’action du Christ ? Il ne suffit pas, à deux mille ans d’intervalle, que chacun imite le Christ suivant sa propre inspiration, il lui faut un moyen de le rejoindre aussi concrètement que ses contemporains l’ont pu faire. Les hommes ont besoin d’exprimer leur amour pour le Christ par des gestes gratuits et « éprouvés ». La liturgie leur offre cette possibilité en leur permettant de vivre à la fois les premiers pas que le Christ fait vers eux, leur amitié et leur abandon au Christ et Son amour qui s’empare d’eux. Il faut pouvoir être sûr que, sous le couvert d’une recherche du Christ, on ne suive pas son propre rythme psychologique, qu’on n’essaie pas de reprendre à son profit ce que l’on pense avoir déjà offert au Christ : l’Église permet de savoir avec certitude que le Christ a bien accepté tel ou tel don à Lui offert. Elle représente les mains du Christ saisissant l’homme pour achever sa conversion et accroître son amour. L’homme ressent le besoin d’atteindre le Christ de façon visible : l’Église répond à ce besoin en se présentant comme le prolongement du mystère de l’Incarnation. Le Christ, depuis qu’Il est « remonté aux cieux » n’a pas fait disparaître la possibilité pour l’homme d’entrer en contact personnel et concret avec Dieu. En effet à travers son Église, Il continue à agir dans le monde.

 

Le Christ a-t-il voulu une Église ?

Toutes ces affirmations ne sont-elles pas des désirs pris pour des réalités ? C’est dans la parole du Christ Lui-même qu’il faut chercher la réponse. Comment le Christ se comporte-t-il vis-à-vis de ceux qui veulent Le suivre? L’amour qu’il attend de ses disciples comprend, semble-t-il, une double dimension. Il est d’abord accueil de sa parole. Il s’agit, bien entendu, de sa prédication personnelle, mais le Christ enseigne aussi que ses disciples sont les relais autorisés de sa parole : « Qui vous écoute, m’écoute » (Luc 10, 16) car c’est son propre Esprit qui parle à travers eux (Matthieu 10, 20). Et, tout normalement, les Grecs qui viennent voir Jésus commencent par s’adresser à ses disciples : Philippe et André, notamment, qui leur sont plus proches car ils parlent mieux leur langue (Jean 12, 20-21). Le Christ connaît d’ailleurs ceux qui croiront en Lui à cause de la parole de ses disciples et prie pour eux (Jean 17, 20).

 

En second lieu, aimer le Christ, être son disciple, c’est participer à la vie de la communauté qu’il a fondée. Cela suppose non seulement de tout quitter, mais encore de faire partie de la fraternité de ceux que Pierre va réconforter quand lui-même sera revenu de son premier égarement (Luc 22, 31-32) et d’accepter l’autorité spéciale reçue par Pierre (Matthieu 16, 17-19). C’est en vivant dans cette communauté que le disciple du Christ pourra collaborer avec le Seigneur. C’est le cas des disciples qui nourrissent la foule lors de la multiplication des pains (Matthieu 15, 35-36) ou qui sont envoyés en mission (Matthieu 10). Ces premiers essais annoncent le grand départ : celui où le Christ va demander aux siens d’être ses relais dans le monde entier (Matthieu 18, 16-20). Cette tâche est intimement associée à l’amour qu’ils doivent avoir pour le Christ. Le cas de Pierre en est un exemple particulièrement frappant : le Seigneur lui confie la charge de pasteur en échange d’une proclamation d’amour.

 

La présence du Christ sur terre est ainsi continuée par ceux qui, dans l’amour du Christ, ont reçu mission apostolique.

 

L’Église d’aujourd’hui continue-t-elle le Christ ?

Mais, dira-t-on, même si le Christ a donné une mission aux douze apôtres, de quel droit, deux mille ans après, des hommes se disent-ils successeurs de ces apôtres ? De la réponse à cette question dépend tout le Christianisme. Si l’on refuse toute autorité aux successeurs des apôtres, l’autorité même du Nouveau Testament disparaît. En effet, ces écrits sont en grande partie l’œuvre de la seconde génération chrétienne. Il semble par ailleurs que les apôtres aient eu, dès le départ, très nettement conscience de pouvoir communiquer à d’autres la mission qu’ils avaient reçue du Christ.[i] Mais finalement l’Église est aujourd’hui un fait. Sa conscience de rendre le Christ présent aux hommes est une donnée. Elle est l’unique institution qui ait une telle conscience. La refuser, c’est donc se situer en position paradoxale par rapport au Christ qui veut relayer son action et sa présence par des hommes. C’est laisser sans solution les problèmes que posent les exigences d’un amour concret du Christ. Au contraire, accepter l’Église comme le cadre d’un rendez-vous concret avec le Christ en notre temps et en notre pays, c’est la démarche même de la Foi. Cette démarche doit se faire raisonnablement, ce qui ne veut pas dire à coup de raisonnements. Car, en dehors de l’Église, le Christ que l’on cherche apparaît plus lointain, plus imaginé, moins concret. En définitive, la compréhension profonde du rôle de l’Église ne peut se trouver que dans l’expérience de la vie ecclésiale que l’on doit faire. Encore faut-il que cette expérience ne soit pas absurde. Cela exige que l’on réponde à certaines objections.

 

L’Église sainte peut-elle être composée de pécheurs ?

Finalement, la grande objection contre l’Église est toujours la suivante : comment croire qu’une Église dont les membres sont si médiocres puisse permettre de rencontrer le Christ. Certes le péché des chrétiens est bien un scandale. L’Église n’en est pas du tout fière. Elle demande qu’on fasse pénitence, qu’on répare, qu’on fasse un effort pour ne pas retomber dans les fautes passées. Elle ne canonise pas la papauté de la Renaissance ou les abus de l’Inquisition. Cependant l’Église sait que le péché de ses membres est inévitable. S’il faut faire partie de l’Église pour aimer le Christ et si le Christ est venu pour les pécheurs et non pour les bien-portants, il y aura fatalement des pécheurs dans l’Église. Et c’est fort heureux en fin de compte car autrement personne ne pourrait être sauvé. Seulement, le péché multiplié par l’ignorance, par les déficiences de volonté, par la foule, peut provoquer les catastrophes les plus terribles et ternir le visage de l’Église. En quoi consiste alors la sainteté de l’Église? D’abord, bien entendu, en la réussite morale : l’Église en témoigne par ces personnalités exceptionnelles que sont !es saints canonisés. Mais, elle peut consister aussi en cet effort persévérant de relèvement après des fautes que l’on recommence toujours, en ce maintien des exigences divines alors même qu’elles apparaissent au-dessus des forces humaines, en cette foi douloureuse, au sein de la médiocrité humaine, dans la miséricorde de Dieu qui seule sauve les hommes sans aucun mérite préalable de leur part. C’est de cette sainteté que l’Église témoigne le plus souvent. C’est elle qu’il faut apprendre à reconnaître, au-delà de la grisaille des comportements quotidiens, dans l’élévation spirituelle de la doctrine, dans les appels à l’héroïsme toujours renouvelés, dans les réussites partielles, dans les redressements qui se produisent au moment où tout semblait perdu. Et en même temps, il ne faut pas juger les hommes trop vite. Dans telle action discutable, ou même franchement immorale, quelle est la part de liberté, de responsabilité ? Dieu seul le sait.

 

Le sens des réformes

Il ne faudrait pas tirer de ces considérations la conclusion que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’Église d’un pays, d’une époque donnée, a conscience de ne pas répondre encore totalement à l’exigence du Christ et à l’attente des hommes. C’est parce que les chrétiens, à une époque donnée, se sentent insuffisamment transparents à l’action du Christ, parce qu’ils se rendent compte qu’ils se sont laissés enliser dans des formes de vie privée ou collective par trop ambiguës qu’ils essaient de réaliser une remise à neuf, un « aggiornamento » comme on dit avec Jean XXIII. Bien sûr, cet effort de réforme est lui-même entaché par le péché des chrétiens. Il risque d’être pure course à la nouveauté ou diminution de certaines exigences. Mais il faut percevoir l’élan profond qui s’y manifeste et ne pas se scandaliser des échecs. Le mystère sous-jacent à tout cela est finalement celui d’un Dieu qui n’a pas besoin des hommes mais veut bien prendre le risque de s’en servir. Il manifeste par là une confiance étonnante en ses créatures libres et leur communique une singulière dignité en même temps que la joie d’une coopération directe avec le Maître et le Sauveur du monde.

 

Pour une Église pauvre

L’une des réformes que réclament bon nombre de chrétiens et de non-chrétiens est celle des apparences de richesses que l’Église semble présenter. Ici, il faut faire quelques remarques importantes. Avant tout, il faut se rappeler ce que signifie la pauvreté dans l’Évangile. C’est tout d’abord le détachement des biens de ce monde au sujet desquels il ne faut pas se tracasser (Matthieu 6, 25-34) et qu’il faut être prêt à quitter à la suite du Christ qui meurt nu sur la croix (Marc 10, 17-27). En second lieu, la pauvreté évangélique consiste à se mettre au service de tous les hommes (saint Jacques 2, 1-9) et, en particulier de ceux qui ressentent le besoin du salut, les pauvres, matériellement et moralement (Luc 4, 18-19). Enfin, et c’est peut-être le plus important, la pauvreté évangélique suppose qu’il n’y a qu’une seule richesse qui vaille la peine d’être cherchée : le Royaume de Dieu qui est déjà au milieu de nous dans l’engagement d’amour que le Christ propose à son égard (Matthieu 13, 44-46).

 

– Le détachement : La pauvreté demandée à l’Église devra s’inspirer de ces divers éléments et les concilier au mieux de façon concrète. Et tout d’abord, il faut bien voir ce que signifie le détachement de tout bien. Un niveau de vie peu élevé ne satisfait pas à ce précepte. On peut être riche comme les Pharisiens qui vivent de façon dépouillée mais en tirent gloire et influence. On peut être pauvre comme Zachée qui, tout en ayant une fortune considérable, accepte de réparer les torts qu’il a faits et de mettre la moitié (!) de ses biens au service des pauvres. C’est le sacrifice qui fait la pauvreté évangélique. Le romantisme de certains excès de dénuement peut être une forme d’orgueil ou d’hypocrisie aussi grave que l’attachement à telle ou telle possession. Le critère de la véritable pauvreté, c’est d’être prêt à tout quitter si le Christ le demande et, en attendant, de prouver la sincérité de cette disposition en donnant régulièrement aux plus pauvres que soi une part significative de son revenu. Mais, pour éviter tout orgueil, ce don doit savoir se faire discret. « Que la main droite… » (Matthieu 6, 1-4).

 

– Le service : En second lieu, la pauvreté de l’Église doit signifier une mise au service de tous. Ce service sera d’autant plus vrai et désintéressé qu’il sera plus efficace, c’est-à-dire qu’il sera déterminé par les besoins réels de ceux que l’on sert et non par les désirs des serviteurs. C’est en fonction d’un meilleur service que le Christ accepte, malgré le scandale des Pharisiens, de participer aux banquets des Publicains, qu’il admet que la communauté des disciples soit servie par des femmes (Luc 8, 1-3) et qu’elle ait une caisse tenue par Judas (Jean 12, 6), etc. De la même manière, l’Église, voulant servir avec efficacité, gardera toujours un minimum de biens. Toute action sociale nécessite en effet l’utilisation des moyens modernes de contact et d’organisation et cela coûte cher. Par ailleurs il faut que ses prêtres et permanents aient des moyens suffisants pour se consacrer totalement à leur ministère et l’assurer avec une certaine indépendance vis-à-vis des puissants de ce monde (c’est aussi le seul moyen pour que leur détachement de tout bien soit vraiment libre et donc authentique. Un dénuement imposé n’a pas la même valeur de charité qu’un dépouillement volontaire). Cela suppose un niveau de vie moyen qui sera fonction du milieu à évangéliser. Il est certain qu’un prêtre missionnaire dans un pays où l’on meurt de faim ne pourra pas se nourrir comme un vicaire d’un quartier chic de Paris. Ce qui compte ici, c’est la possibilité de se mettre au niveau de ceux que l’on cherche à évangéliser, pour pouvoir leur communiquer son message : « Je me suis fait grec avec les grecs, juif avec les juifs » dit saint Paul. Il faut aussi que les pauvres se sentent à J’aise dans l’Église. C’est plus difficile aujourd’hui car le monde moderne est particulièrement sensible aux inégalités entre hommes, inégalités qui provoquent angoisse et souffrance. L’Église doit être la mère de tous les hommes, tout en ne flattant pas ce qui serait jalousie ou amertume. Les solutions concrètes à ce problème sont malheureusement trop souvent encore au stade de la recherche. Mais il faut avoir pitié de la faiblesse humaine.

 

Il y a aussi le problème délicat qui est celui d’une certaine adaptation au style d’une époque. D’une part, l’apostolat de l’Église nécessite qu’elle prenne les formes de l’époque présente pour parler aux hommes leur langage. Mais faut-il pour autant liquider le passé même si le goût de leurs grands-parents ne convient plus aux hommes d’aujourd’hui ? Pour la raison que le XXe siècle préfère les lignes simples et droites aux mignardises et pastiches du XIXe, faut-il détruire les églises anciennes ? Il faut se rappeler aussi que les changements coûtent cher et que ces dépenses seraient peut-être mieux utilisées dans un autre domaine (un exemple : une chasuble en forme de boite à violon, même lamée d’or, qu’on trouverait d’ailleurs difficilement à vendre, a finalement moins de valeur marchande qu’une chasuble en laine blanche, toute simple, qu’il faudrait acheter chez un fabricant spécialisé d’aujourd’hui…). Un compromis doit être cherché. Mais tout compromis est discutable.

 

En conclusion, refuser tout bien à l’Église, c’est finalement la réduire à l’esclavage ou à l’impuissance et nier son caractère de corps du Christ, continuant l’Incarnation. Mais il faudra aussi parfois que les institutions chrétiennes aillent jusqu’à risquer leurs moyens d’existence dans certains cas urgents où elles seront seules à pouvoir apporter une aide efficace. C’est ainsi que des évêques au Moyen Age ont vendu des vases sacrés pour nourrir leurs diocésains en temps de famine.

 

– Les richesses du Christ : Le dernier aspect de la pauvreté de l’Église consiste à manifester que la seule richesse qui doit intéresser les hommes est la richesse du Royaume de Dieu. Mais c’est tout normalement l’Église elle-même qui représente ce Royaume de Dieu sur la terre. Il faut donc qu’elle sache accepter en toute simplicité les dons qui lui sont faits sans penser tout de suite à leur utilisation pratique. Le Christ a su ainsi féliciter Marie qui venait lui oindre les pieds alors que Judas se scandalisait de ce geste d’amour (Jean 12, 1-8). Tel ornement, telle construction, en proportion raisonnable d’ailleurs, doivent avoir une place dans l’Église pour manifester qu’elle est la dépositaire des richesses du Christ et qu’aucune richesse humaine n’est suffisante pour honorer ces valeurs divines. Ici encore la proportion considérée comme raisonnable par une époque diffère de celle que l’époque suivante adoptera pour son compte. Mais l’Église doit considérer les biens hérités des époques passées non comme ses biens propres mais comme des hommages rendus au Christ, et elle doit s’en servir pour le plus grand bien de tous. La tension entre ces deux objectifs met précisément en cause de la façon la plus radicale l’es goûts et les désirs des responsables ecclésiastiques : leur véritable pauvreté est celle d’ânes portant des reliques richement caparaçonnés mais qui plient sous ce fardeau.

 

Éviter le scandale en même temps que respecter un patrimoine spirituel est souvent fort difficile. Toutes ces remarques tendent à décrire un état idéal des choses. Il n’en reste pas moins que les hommes d’Église, parce qu’ils sont pécheurs, sont tentés de commettre des excès. Il faut les comprendre, les corriger au besoin, et s’efforcer soi-même à un plus grand détachement. Enfin, il ne faut pas attacher au problème de la pauvreté de l’Église plus d’importance qu’à celui de la foi, de l’espérance… et de la charité.

 

L’Église et la politique

Les prises de position contestables de l’Église que l’on invoque pour refuser d’en faire partie appartiennent souvent au domaine de la politique. Ici encore, il faut rappeler quelques principes. Tout d’abord, l’Église comme telle ne croit pas que sa fin essentielle, qui est de permettre aux hommes de rencontrer Dieu, soit nécessairement conditionnée par une réussite politique. L’Église le manifeste en n’accordant jamais une confiance totale à un système politique. Même quand une partie importante, des fidèles et du clergé appartiennent à un même parti, l’Église ne canonise pas celui-ci. Elle en voit les faiblesses et tend à les dépasser, au risque de paraître trahir les intérêts humains de ceux qu’elle avait favorisés quelque temps. Il ne s’agit pas d’opportunisme mais de l’affirmation qu’aucune politique humaine, même chrétienne, ne satisfait totalement l’Église. Cependant, l’Église est en même temps qu’une réalité spirituelle une société visible. C’est par cet aspect visible qu’elle réalise sa mission : la rencontre des hommes avec Dieu. L’Église est donc obligée de refuser certaines doctrines politiques qui combattent son existence ou ses conditions de vie. Par ailleurs, elle doit nécessairement entrer en dialogue avec les forces au pouvoir pour organiser au mieux ses conditions de vie et pouvoir exercer son apostolat : elle est donc amenée à faire de la politique. Enfin, ses membres doivent s’engager politiquement, chacun selon ses compétences, par devoir de charité envers leurs compatriotes. Ils vont essayer de défendre les principes de morale que leur enseigne l’Église pour permettre de donner à toute relation humaine le sens d’une recherche de Dieu. Toutes ces raisons feront que l’Église semblera parfois prendre position en faveur de tel ou tel parti. En fait, sauf dans les cas de salut public, les chrétiens sont libres d’apprécier les faits concrets et de trouver les solutions qui découlent des principes chrétiens selon des techniques qui échappent pour une part à la révélation chrétienne. Ils gardent alors une grande autonomie vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique, ce qui ne doit pas les empêcher d’adopter à son égard une attitude de respect et d’amour. Ils doivent cependant admettre que dans certains cas graves, par réflexe de défense, la hiérarchie leur impose une prise de position politique. Ils doivent alors obéir tout en gardant la liberté de leur esprit. Il est nécessaire de se rappeler, comme le disait le père Daniélou, que la politique est pour le chrétien un devoir et non une mystique. Il ne faut pas se choquer de tel ou tel excès, tout en le regrettant et en essayant de le redresser. Que celui qui est sans péché jette la première pierre.

 

Pourquoi j’aime l’Église

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur l’Église, la place manque dans ce trop court schéma. Le lecteur voudra bien cependant permettre à l’auteur qui a essayé de vivre son union au Christ à l’intérieur de l’Église de témoigner pour finir de quelques-unes de ses découvertes. Pourquoi j’aime l’Église ? Eh bien, c’est d’abord elle que j’ai rencontrée dans ma recherche de Dieu. Elle a été le cadre de mes premiers essais de prière lorsque j’étais enfant. Elle s’est révélée à moi dans sa richesse, son dynamisme, sa sainteté insoupçonnables lorsque, adolescent déçu par le côté superficiel de certains ecclésiastiques, j’allais prendre mes distances vis-à-vis d’elle. C’est l’Église qui m’a présenté Jésus-Christ vivant et m’a appris à L’aimer. Elle m’a enseigné comment Jésus répondait à tous les problèmes humains : sens de la vie, amour, souffrance, mort… comment finalement tout se résumait par une adhésion à sa Croix et à sa Résurrection. Elle m’a fait porter la croix. Ses exigences m’ont souvent paru dures mais elle m’a fait reconnaître qu’elles étaient celles du Christ. La fidélité à certains rites m’a paru parfois pesante, mais l’Église m’a appris que, dans l’amour, il fallait souvent continuer des gestes auxquels on ne croit plus tout à fait et pendant ce temps-là retrouver une nouvelle ardeur. L’obéissance à ses décisions m’a fait concrètement sentir ce que c’était que donner. Il est si facile d’imaginer un Jésus qui soit la projection de ses désirs pris pour la réalité ! C’est par l’Église et son sacerdoce, qu’une longue lignée d’impositions de mains rattache comme matériellement au Christ, que j’ai senti qu’on pouvait entendre et toucher le Christ lorsque, dans un geste de l’Église la foi permettait de reconnaître un geste du Christ. C’était déjà la Résurrection qui commençait. Mais je l’ai mieux perçue dans la stabilité des exigences de l’Église, jamais atténuées par le péché des chrétiens, dans la perfection d’une doctrine admirablement adaptée au cœur humain, dans les réussites morales spectaculaires des saints qui m’ont appelé leur frère. Et jusqu’à la réussite artistique des basiliques romanes, des cathédrales gothiques ou du chant grégorien qui tout en me réjouissant m’ont fait entrevoir quelque chose du mystère qui habite l’Église. Cela ne m’a pas empêché, avec la lucidité d’un scientifique, de voir les défauts, les « âges de fer », les décadences… Mais j’ai découvert que le Saint-Esprit qui, je le crois, gouverne l’Église, est un artiste admirable qui, d’un instrument vulgaire, arrive à tirer une merveilleuse musique. La mauvaise qualité du matériel provoque des grincements mais même ceux-ci arrivent à s’intégrer dans la mélodie. Et si quelqu’un me demandait pourquoi ne pas aller à Jésus-Christ par une autre voie, je lui demanderais : lorsqu’un ami téléphone à travers un appareil à bruit de fond désagréable, vaut-il mieux se servir quand même de l’appareil ou se contenter de rêver au visage de l’absent ?

Pourquoi je crois en Dieu ?

 

« Écoute Israël : Le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de toute ta force. »

 Deutéronome 6, 4-5

 

« Dieu, personne ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné son Esprit. Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Celui qui confesse que Jésus est Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru. Dieu est amour ! »

Première lettre de saint Jean 4,12-16

 

Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme […] afin de nous conférer l’adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! aussi n’es-tu plus esclave, mais fils ; fils et donc héritier par Dieu. »

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7

 

Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. »

Jésus en saint Matthieu 11, 25-27

 

La foi des catholiques

CROIRE : il ne s’agit pas d’une opinion, c’est engager notre vie et reconnaître que rien n’est supérieur à la Foi pour la guider, l’embellir, en faire une réussite absolue. La Foi n’est pas une manière de penser, elle est lien vital avec Dieu.

 

UN SEUL DIEU : En se manifestant à nous, Dieu prévient toute idolâtrie. Tous nos désirs humains peuvent alors trouver en Lui l’Unique leur véritable accomplissement, , sans déraper vers un objet ou une idée que nous fabriquerions et qui seraient alors une fiction, un fantasme.

 

PÈRE : Le monde tel que nous en connaissons l’histoire et quelques secrets n’a pas toujours existé, et un jour, il finira. II ne se réduit pas à ce que nous voyons et pouvons connaître. Dieu est un Père dont nous sommes les créatures, libres pour l’amour ou le refus, pour la vie ou la mort. Créés par amour au sein d’un monde fait pour nous amener au Père, il nous a destinés à être ses fils adoptifs. Mais nous ne répondons pas à ce projet.

 

FILS : Vivant depuis toujours près du Père, et existant par cette relation d’amour, II est Dieu. Répondant au projet du Père de sauver sa créature abîmée par le péché, le Fils épouse notre nature d’homme pour que nous puissions recevoir sa nature divine. Il s’est fait l’un d’entre nous, semblable à nous en toutes choses sauf le péché. II s’appelle Jésus. II est le Christ (l’envoyé), né un jour précis dans l’histoire, fils de Marie, mort vraiment et ressuscité vraiment.

 

LE SALUT : sur la croix, Jésus rejoint l’homme dans toutes les conséquences du péché originel dont lui-même est exempt : la souffrance, le sentiment d’abandon de Dieu et la mort. Au plus profond de la détresse, Il inverse le mécanisme du péché qui nous coupe de Dieu son Père, en se remettant tout entier entre ses mains, en lui confiant sa vie, sans restriction, mourant par amour pour chacun de nous, dans l’amour du Père. Jésus nous sauve de la mort et réconcilie l’homme avec Dieu. Le troisième jour, Jésus sort de la mort et peut nous partager la vie divine par l’Esprit.

 

LE SAINT-ESPRIT : Troisième personne au cœur du Dieu unique, Il en est la vie surabondante qui se répand et se diffuse en nos cœurs d’hommes. Chaque fois qu’à travers le Fils nous voyons le Père, nous en sommes redevables au Seigneur Saint Esprit qui est amour et nous conduit dans l’amour.

 

L’ÉGLISE : Formée de pêcheurs, elle est tout entière irriguée par le Saint-Esprit, habitée par son époux qui est Jésus Christ, présent corporellement dans les sacrements. Elle est le don de Dieu fait aux hommes, pour que chacun connaisse et adore le Père, en esprit et en vérité. Une, parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu qu’elle a pour vocation de révéler en transparence, elle est sainte non par la vertu de ses membres, mais par sa tête qui est sainte (Jésus Christ), catholique parce que tous les hommes, passés, présents et à venir, sont appelés à devenir en elle fils de Dieu, et apostolique parce qu’elle succède sans rupture aux Apôtres, communauté voulue et choisie par Jésus-Christ.

 

Le credo

Je crois en Dieu,

Le Père tout-puissant,

Créateur du ciel et de la terre,

Et en Jésus Christ,

Son Fils unique notre Seigneur,

Qui a été conçu du Saint-Esprit,

Est né de la Vierge Marie,

A souffert sous Ponce Pilate,

A été crucifié,

Est mort et a été enseveli,

Est descendu aux enfers,

Le troisième jour est ressuscité des morts,

Est monté aux cieux,

Est assis à la droite de Dieu le Père

tout-puissant,

D’où il viendra juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit-Saint,

A la sainte Église catholique,

A la communion des saints,

A la rémission des péchés,

A la résurrection de la chair,

A la vie éternelle.

Amen

 

 Inlassablement Jésus nous demande :

– Pour vous, qui suis-je ?

Notre foi est toute entière inscrite dans la réponse que nous donnons à cette interrogation.

Si nous reconnaissons en Jésus,

l’envoyé du Père, le Messie,

venu par amour pour nous,

mort et ressuscité pour nous donner sa vie,

alors notre existence prend un sens nouveau, celui d’une aventure personnelle

vers le Salut que nous propose Dieu.

La prière : pourquoi et comment ? 

 

« Si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leur voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon père qui est aux cieux.

Si deux ou trois, en effet, sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »

Matthieu 18,19

 

« Quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est dans le secret.

Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens, ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup, ils se feront mieux écouter. »

Matthieu 6, 4

 

« Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent, écoute ma prière, Seigneur, entend ma voix qui te supplie. »

Psaume 85

 

« Tu m’apprends le chemin de la vie, devant ta face débordement de joie…  »

Psaume 15

 

Questions sur la prière

 

La prière à Dieu, n’est-elle pas une projection de notre imagination ?

La prière est un don de Dieu fait à tout homme: c’est Dieu le premier qui désire établir une relation personnelle avec l’homme.

La prière est donc une attitude par laquelle l’homme accepte d’écouter et d’ouvrir son cœur.

 

Dieu accorde-t-il tout ce que je demande dans la prière ?

Par la prière, je prépare mon cœur à être plus ouvert à ce que me donne Dieu et j’apprends aussi ce que Dieu veut pour moi. Dieu répond à la, prière de demande de façon parfois inattendue mais par la prière, j’apprends à reconnaître que ce que Dieu me donne dépasse ce que j’ai demandé.

 

Se confier à Dieu, n’est-ce pas une solution de facilité, un moyen d’évasion ?

Non car prier Dieu, c’est lui parler, mais c’est surtout regarder une personne vivante, Jésus-Christ, et s’abandonner à lui dans ce face-à-face amoureux qui se suffit à lui-même.

 

Mais s’abandonner à Dieu ne veux pas dire démissionner: face à cet amour, l’homme découvre l’immense travail qu’il doit faire en lui et autour de lui. Alors jaillit la prière de demande où, en confiance, il dit à Dieu ses désirs, en tâchant d’accorder sa volonté à celle du Père, qui est toujours bonne.

 

La prière est-elle seulement individuelle ?

L’homme a aussi besoin de se joindre à la prière communautaire de l’Église, car le Christ a promis d’y être toujours présent : le Christ, par l’intermédiaire de la liturgie de l’Église, conduit lui-même la prière des chrétiens. La famille est aussi une cellule d’Église dans laquelle la prière est un moment très important de la vie spirituelle des enfants et des parents.

 

Et si je ne sais pas comment prier ?

S’asseoir simplement devant Dieu présent dans le tabernacle, c’est déjà prier.

Il y a aussi l’action de grâce pour remercier le Seigneur de ce qu’il nous a donné.

Il y a la prière de demande où en toute humilité nous présentons nos soucis, nos inquiétudes, nos attentes.

 

Notre Père,

Qui es aux cieux,

Que ton nom soit sanctifié,

Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite sur la terre

comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,

Et ne nous laisse pas entrer en tentation,

Mais délivre-nous du mal.

Car c’est à toi qu’appartiennent

Le règne, la puissance et la gloire,

Pour les siècles des siècles !

amen

 

Je vous salue Marie,

Pleine de grâce,

Le Seigneur est avec vous,

Vous êtes bénie entre toutes les femmes,

Et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni,

Sainte Marie, Mère de Dieu,

Priez pour nous, pauvres pécheurs,

Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

La messe : pour quoi faire ?

 

« II n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Évangile de Jean 15,13 

 

« Dieu a tant aimé les hommes qu’il leur a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en Lui ne périsse pas, mais ait par Lui la vie éternelle. »

Évangile de Jean 3,16 

 

« Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais »

Évangile de Jean 6,53-54 

 

« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. »

Évangile de Jean 6,55-56 

 

« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés »

Évangile de Luc 6,37 

 

« Voici mon commandement: aimez-vous

les uns les autres comme je vous ai aimés »

Évangile de Jean 15,12 

 

Questions sur la messe

 

Pourquoi aller à la messe ?

La raison de la venue de Jésus dans notre monde, c’est sa volonté de nous rencontrer vraiment et de nous faire partager sa vie en Dieu. La messe est l’actualisation (continuation aujourd’hui même) de l’offrande de la vie du Christ sur la croix. C’est en communiant à l’Eucharistie que les fidèles peuvent participer, par leur prière et par la foi, au sacrifice du Christ qui a donné sa vie pour notre salut.

 

Pourquoi ne pas se contenter de prier Dieu chez soi ?

La messe est le rendez-vous auquel nous invite le Christ. Elle est le moment le plus précieux de la vie communautaire des chrétiens. Le salut offert par le Christ s’adresse à chacun d’entre nous individuellement mais également à la grande famille des hommes collectivement. Notre vie spirituelle ne peut s’épanouir que dans la communauté de l’Église.

La messe est alors source de vie pour nous, car le sacrifice de Jésus est le moyen que Dieu a choisi pour nous donner la vie surnaturelle, la vie divine. Par l’Eucharistie notre coeur est transformé véritablement, à la seule condition que nous acceptions vraiment d’adhérer au cœur du Christ.

 

La messe n’est qu’un rite fait de symboles.

A la messe, il ne s’agit pas de symboles, mais d’une présence réelle : celle du Christ, c’est là un des points les plus importants de la doctrine catholique : les paroles : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang » produisent vraiment ce qu’elles disent : c’est réellement le corps glorieux du Christ qui est présent sous chacune des deux formes eucharistiques : le pain et le vin que Jésus-Christ transforme en son corps et en son sang.

 

Je n’aime pas aller à la messe parce que j’y rencontre des personnes que je n’aime pas.

Acceptons de nous laisser transformer par le Christ et nous pourrons nous défaire de nos égoïsmes. Nous verrons les autres avec le regard même de Jésus qui s’est livré pour tous les hommes.

 

Le déroulement de la messe

La préparation pénitentielle : elle se propose d’aider les fidèles à reconnaître leur condition de pécheurs au début de la messe.

 

La liturgie de la Parole : elle est liée étroitement à la liturgie eucharistique, car dans l’une c’est Jésus qui se donne par sa Parole, et dans l’autre, il se donne ensuite par son Corps.

C’est pourquoi l’annonce de la Parole de Dieu est la meilleure préparation au sacrifice eucharistique. L’homélie du prêtre vient ensuite aider les fidèles à méditer la Parole de Dieu.

 

L’offertoire : le prêtre offre la pain et le vin qui deviendront, après la consécration, le Corps et le Sang du Christ, et les fidèles apporteront aussi leur offrande qui n’est pas seulement une participation matérielle mais surtout l’offrande d’eux-mêmes.

 

La prière eucharistique et la consécration : par le prêtre qui agit en lieu et place du Christ, le Christ va se rendre vraiment présent en son Corps et en son sang. En présence du Corps et du Sang et par eux, le prêtre intercède en notre nom pour les grandes intentions du monde.

 

La communion : sommet de la vie chrétienne, nous nous préparons à la communion en disant le Notre Père. En mangeant le Corps du Christ et en buvant son Sang, nous accueillons la vie de Dieu en notre corps.

 

L’envoi : c’est le moment de remercier le Seigneur de s’être donné à nous, et aussi de renouveler nos résolutions pour mener une vie chrétienne plus intense et plus authentique, avant d’aller porter au monde la joie du Christ.

La confession, pourquoi ?

 

« Devant lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît tout.»

1ère lettre de saint Jean 3,20-21

      

« Recevez l’Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»

Jésus en saint Jean 20,23

 

« Si nous disons : nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité.

Si nous disons : nous n’avons pas de péché, nous faisons de lui un menteur et sa parole n’est pas en nous. Mes petits enfants, je vous écris ces choses pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le Juste.»

1ère lettre de saint Jean 1,8 à 2,2 

 

« Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher et que j’aie à lui pardonner ? Est-ce jusqu’à sept fois ? Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, lui dit Jésus, mais jusqu’à soixante dix fois sept fois.»

Jésus en saint Matthieu 18,21

 

« Sept fois le juste tombe, et il se relève »

Proverbes 24,16 

 

Questions sur la confession

 

Qu’est ce que le péché ?

C’est tout ce que nous faisons de mauvais et qui empêche la relation avec Dieu. Le péché offense Dieu et fait du tort aux autres et à nous mêmes. En certaines circonstances, l’Église nous invite à nous reconnaître pécheurs, comme par exemple au début de la messe.

 

Qu’est-ce que la confession ?

C’est le geste ou le sacrement par lequel Dieu pardonne nos péchés par le prêtre à qui nous avouons nos fautes.

 

Pourquoi ne pas se confesser directement à Dieu ?

Le Christ a voulu rester présent dans le monde par son Église et il a demandé aux prêtres d’agir en son nom pour ce sacrement. Il a voulu que le pardon qu’il nous donne passe pas des hommes. De plus, l’aveu de ses péchés est important sur le plan psychologique.

 

Le prêtre auquel je me confesse n’est qu’un homme pécheur.

Bien sûr, c’est pourquoi je n’ai pas à me sentir complexé devant lui. Mais depuis que le Christ s’est fait homme, Dieu n’a pas cessé d’agir en prenant un visage d’homme.

 

La confession est humiliante et aliénante 

« Tous ceux qui, parfois après de longues années, et chargés de graves péchés, s’approchent du confessionnal, trouvent en le quittant le soulagement désiré, ils retrouvent la joie et la sérénité. »

Jean-Paul II

 

Si je suis divorcé remarié, est-ce que je peux me confesser ?

Je peux toujours rencontrer un prêtre et faire un acte de contrition de mes péchés car le Christ me garde toute sa miséricorde et son amour ; sous son regard et avec les conseils du prêtre je peux continuer mon chemin spirituel, même si mon état présent ne me permet pas toujours de recevoir l’absolution.

 

Je préfère recevoir l’absolution collectivement

La cérémonie pénitentielle est une occasion unique de vivre la grâce de la confession avec ses frères, mais si l’absolution collective est possible en certaines circonstances, le fait d’avouer personnellement ses péchés et de recevoir personnellement l’absolution par le prêtre est une grâce irremplaçable.

 

Je vais retomber très vite dans les mêmes fautes.

Le Seigneur demande l’effort et pas forcément la victoire. Il nous aide à nous relever toujours, même si nous tombons souvent.

 

Comment vivre la confession

Je me présente devant le prêtre qui m’ invite à la confiance avant la confession de mes fautes.

 

Le prêtre donne des conseils et me demande une action de pénitence concrète. Puis il m’invite à manifester ma contrition.

 

Je dis alors mon acte de contrition :

« Mon Dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît.

Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence.»

 

Le prêtre prononce les paroles de l’absolution

et je réponds : « Amen ».

Pourquoi se marier à l’Église ?

 

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds et multipliez-vous.»

Genèse 1,27

 

« Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

Lettre de saint Paul aux Romains 8,39

 

« Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.»

Jean 15,12-13

 

« Il répondit: N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit homme et femme, et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.»

Matthieu 19,4-6

 

« Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux.»

Jean 17,26

 

A quoi sert l’Eglise ? Les hommes n’ont pas besoin d’elle pour s’aimer !

Les époux se donnent l’un à l’autre par le sacrement du mariage, instauré par Jésus Christ. Il leur permettra de s’aimer comme Dieu lui-même nous a aimés. Comme Jésus Christ a donné sa vie par amour pour le salut des hommes, il donne aux époux le pouvoir de s’aimer l’un l’autre d’un amour durable malgré toutes les difficultés. La grâce de ce sacrement les accompagnera chaque jour car le Christ demeure avec eux et oriente leur amour vers le don gratuit d’eux-mêmes et la fécondité. Le sacrement de mariage n’est donc pas la simple bénédiction d’un amour qui existait déjà mais la naissance d’un amour nouveau.

 

Pourquoi demander aux époux de se rester fidèles toute leur vie s’ils ne s’aiment plus ?

Le mariage est indissoluble ou n’est pas : ni l’homme ni la femme ne peuvent se reprendre sous quelque prétexte que ce soit. Je me suis donné donc je ne m’appartiens plus. Ma liberté n’a pas été aliénée car ce don, je l’ai fait librement. Le mariage est tourné vers la procréation et l’éducation des enfants : l’amour appelle l’amour. C’est pourquoi la fécondité doit rester ouverte et généreuse.

 

Pourquoi l’Église est-elle contre l’avortement, la contraception, la fécondation artificielle ?

Le plaisir est un don qui vient de surcroît, mais il n’est pas une fin en soi, sinon l’autre perdrait sa dignité de personne et se verrait relégué au rang d’objet de jouissance. L’enfant est un don, et la capacité de donner vie est inscrite au cœur de l’amour d’un homme et d’une femme. Tout ce qui sépare artificiellement la rencontre de ses conséquences et un désordre

 

L’échanges des consentements

Les époux échangent leur consentement en présence du prêtre :

– Elisabeth veux-tu être ma femme ?

– Oui, et toi, Vincent, veux-tu être mon mari ?

– Oui.

 

Les époux ensemble :

– Je te prends pour époux (épouse) et je me donne à toi, pour t’aimer fidèlement tout au long de notre vie.

 

Le prêtre conclut :

– Désormais vous êtes unis par le sacrement de mariage.

 

Le prêtre bénit les alliances :

– Jésus Christ, bénis maintenant ces alliances et donne à Elisabeth et Vincent de se garder toujours une parfaite fidélité.

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