
Le Saint Sacrement, mon amour !
On peut facilement montrer que la foi que nous avons en la présence réelle du Corps et le Sang de Jésus est rattachée très profondément au mystère de l’Incarnation. Dieu a voulu visiter les hommes, se rapprocher d’eux, leur montrer son vrai visage. Et pour cela il n’a pas craint de se faire homme, de se loger au cœur de notre humanité dans le petit enfant de Bethléem.
Or c’est par le même mouvement qu’il vient à nous dans l’hostie et le calice et qu’il s’offre ainsi à nos lèvres et surtout à notre cœur. Bien sûr, la différence, c’est que le Fils ne devient pas du pain et du vin, mais que c‘est l’inverse qui se passe : le pain et le vin deviennent mystérieusement son vrai corps et son vrai sang, c’est-à-dire que nous n’avons pas seulement devant nous sa présence, mais que cette présence, c’est lui tout entier avec l’épaisseur d‘humanité qu’il a reçue de la Vierge Marie et qu’il a mise en jeu pendant sa vie terrestre. Nous pouvons alors l’aimer « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force » non seulement comme notre Dieu, mais aussi comme cet homme qui a marché sur nos routes, qui a enseigné les foules, qui a versé son sang pour nous et qui est maintenant ressuscité.
En démultipliant à l’infini la présence de l’Emmanuel parmi nous, l’eucharistie offre aux hommes et aux femmes de tous les temps et de tous les lieux cette union que Dieu avait voulue avec nous dès le commencement. Union de la chair et de l’esprit dont Jésus nous parle souvent : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », « demeurez en moi, comme moi, je demeure en vous » etc…
Mais ce mystère nous donne aussi accès à un autre mystère beaucoup plus redoutable : celui de la Rédemption. Car il n’y a pas moyen d’avoir part à Jésus présent parmi nous sans que cette présence soit marquée par la croix. Dieu ne vient pas seulement renouer avec nous familièrement le dialogue amorcé jadis dans le jardin d’Eden et qui s’est mal terminé. Jésus n’est pas venu faire un voyage d’agrément sur notre terre. Le partenaire que nous sommes a besoin d‘être guéri pour pouvoir correspondre au don que Dieu lui fait. Et comme cette guérison ne peut pas venir de nous, il a fallu que le Fils en assume la part la plus amère. En réunissant ses disciples la veille de son supplice, Jésus ne les avertit pas seulement l’issue fatale, il donne à cette mort son sens : l’offrande totale de lui-même pour obéir au Père, afin de réparer la désobéissance d’Adam et de tous ceux qui ont suivi. De cette offrande, il laisse un mémorial, pas seulement un souvenir ou une leçon à imiter, mais le don concret de sa chair livrée pour nous et de son sang versé pour nous, don qui jusqu’à la fin du monde provoquera les hommes à se jeter dans ses bras pour entrer avec lui dans la logique de la grâce.
Jusqu’au bout, nous entendrons donc, au moment où le prêtre va consacrer le pain et le vin : « la nuit-même où il fut livré, Jésus prit le pain… ». La séparation du Corps et du Sang en deux espèces distinctes nous dit, d’une autre façon, la mort qui a frappé le Christ et à laquelle nous communions. Le mot même d’ « eucharistie » n’exprime pas seulement un banal « merci », mais il désigne une prière très particulière au cours de laquelle on rappelle les hauts faits de Dieu et où on s’offre soi-même pour qu’ils se poursuivent.
Que de raisons de l’aimer, Celui qui a fait cela pour nous !

