
La pierre rejetée devient la pierre d’angle
Les lectures de ce dimanche ont l’avantage de mettre en relation le texte du prophète d’Isaïe sur la vigne décevante qui donne du mauvais fruit et la parabole de Jésus, qu’on désigne généralement comme étant celle des « vignerons homicides ».
On voit tout de suite le rapport : le propriétaire de la vigne, dans un cas, voit son travail rendu inutile par suite d’un accident dans la croissance de la vigne, dans l’autre, c’est un complot contre lui qui amène les vignerons à vouloir s’approprier le fruit de la vigne. Au lieu de la malchance, c’est une intention mauvaise qui préside à cette issue, la méchanceté allant jusqu’au crime.
Bien sûr, dans le récit d’Isaïe, c’était déjà l’ingratitude du peuple d‘Israël qui était visée, ce n’était pas seulement un accident. La production d’un « verjus » faisait allusion à la réponse insuffisante et mensongère d’un peuple qui a reçu la Loi et qui n’est pas fidèle à l’alliance. Mais la parabole évangélique nous fait entrer beaucoup plus avant dans le drame du péché. D’abord, c’est une suite d’actes déviants : passe encore pour l’absence de paiement, qui est déjà une malhonnêteté, mais les vignerons vont beaucoup plus loin : quand ils voient arriver les serviteurs du maître, ils les molestent et vont jusqu’à leur jeter des pierres et les tuer. C’est-à-dire que, sentant que le maître ne renonce pas à leur faire payer la dette, ils se croient obligés de s’enfoncer toujours plus loin dans la violence. Et puisque le propriétaire risque son fils dans l’affaire, ils vont en profiter et le tuer, se figurant qu’ils vont devenir ainsi propriétaires de la vigne. Tout cela est insensé. Mais le péché est ainsi fait : combien de meurtres ont été ainsi commis pour aller jusqu’au bout d’une brouille qui tournait mal !
La parabole de Jésus est aussi importante dans sa finale. Alors que tout le monde pense que la justice réclame un châtiment exemplaire et le remplacement des méchants vignerons par des bons « qui livreront le fruit de la vigne en temps voulu », lui introduit une citation du Ps 117 (118) qui parle d’une « pierre rejetée par les bâtisseurs » et qui devient la « pierre d’angle ». Qui peut être cette pierre rejetée, sinon Jésus lui-même, condamné à mort par les grands prêtres et les scribes (figurés ici par les vignerons) ? C’est lui qui, au-delà de l’échec apparent, permettra la construction d’un nouvel édifice, qui est l’Eglise, composée de juifs et de païens, qu’il réunit maintenant, comme le fait la pierre d’angle qui fait tenir ensemble deux murs perpendiculaires (cf. saint Paul, Ephésiens 2,14).
Discrètement, Jésus ouvre ainsi un avenir.

