
La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit
La prière de bénédiction qu’énonce saint Paul à la fin de sa deuxième lettre aux Corinthiens est devenue dans le missel actuel la salutation prononcée par le célébrant au début de la messe. Prenons le temps de la lire à tête reposée.
Remarquons d’abord que le dogme de la Trinité y est clairement annoncé et que ce n’est donc pas le Concile de Nicée qui l’a inventé trois siècles plus tard. C’est toujours important de voir la continuité de la doctrine depuis les temps apostoliques.
Ensuite penchons-nous un moment sur l’ordre dans lequel interviennent les trois personnes divines. Ce n’est pas celui qui est donné dans la formule baptismale telle que nous la présente saint Matthieu : « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». C’est plutôt ce qu’on pourrait appeler l’ordre de la découverte. On commence par découvrir le Christ, parce qu’il est venu chez nous, parce qu’on a vu sa « grâce », c.a.d. la splendeur de sa manifestation, de sa parole et de son action. Nous y reviendrons.
Ensuite nous remontons jusqu’au Père (le texte dit simplement : « Dieu » parce que le nom divin tout seul, avec l’article, désigne toujours le Père dans le Nouveau Testament). « Nul n’a jamais vu Dieu, nous dit saint Jean, mais le Fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a fait connaître » (Jean 1,18). Au Père on attribue donc l’amour, non pas parce qu’il serait le seul à aimer, bien sûr, mais parce que « Dieu est amour » et que c’est le Père qui déploie l’amour, à travers le jeu trinitaire.
La « communion du Saint Esprit », en principe, ne désigne pas la communion que nous avons avec le Saint Esprit, mais la communion qu’est le Saint Esprit : il est fruit de l’amour du Père et du Fils, il scelle la Trinité dans sa plénitude indépassable. A notre tour, nous sommes invités à entrer dans cette ronde d’amour, à découvrir Dieu à travers la beauté du Fils.
Si l’Esprit Saint est ici le troisième, alors que, d’un certain point de vue, il pourrait être le premier, puisque c’est dans sa lumière que nous apparait la « grâce » du Christ, c’est lui qui s’efface toujours pour faire apparaître devant nos yeux la splendeur divine. On le découvre après coup, comme cela s’est passé dans la réflexion de l’Eglise, qui ne s’est penchée sur lui qu’après avoir défini la commune divinité du Père et du Fils, réflexion qui n’eut lieu qu’au Concile de Constantinople en 381, puisque c’est là qu’on a timidement commencé à préciser la place de l’Esprit Saint dans la Trinité.
Comme le dit saint Basile (330-379), qui fut pour beaucoup dans cette élucidation, le Saint Esprit n’est pas l’ « image de Dieu » (Colossiens 1,15), non, c’est le Fils qui est parfaitement l’icône de l’Invisible. L’Esprit, lui, met en valeur le Fils dans son lien de parfaite ressemblance au Père, il le révèle comme celui qui a tout du Père, tout justement, sauf ce lien de dépendance aimante qui fait de lui le Fils.
Il y a beaucoup à méditer sur ce sujet. Mais ce n’est qu’un tout petit début.

