
Je suis la voie
Dans la fameuse déclaration de Jésus, qui, en saint Jean 14,6, se dit « la Voie, la Vérité et la Vie », on retient surtout les deux derniers termes, la Vérité et la Vie, lesquels font allusion aux deux domaines où le Christ nous apporte son précieux secours : la lumière de l’intelligence et le dynamisme de tout notre être. C’est cela qu’il a mis en œuvre chez nous, par son enseignement et ses miracles. Mais la « Voie » ?
Saint Augustin commente la phrase en disant : il est pour nous la Vérité et la Vie en tant que Dieu, mais il est la Voie en tant qu’homme. Et cela correspond pour lui à une expérience très directe. Il nous confie que, depuis longtemps, il avait trouvé chez les philosophes platoniciens une haute idée de Dieu, qui est la suprême vérité et la vie bienheureuse, mais qu’il lui manquait la voie, la manière pratique de s’approcher de lui, et cette voie, il a fini par la rencontrer dans l’humilité de la crèche, c.a.d. dans la sainte humanité de Jésus enseignée par les chrétiens. Il devinait déjà quelle pouvait être la « Patrie », mais il n’osait pas encore croire que Dieu avait pu prendre une voie si simple pour nous y conduire…
C’est une découverte qu’il nous faut tous faire : la nouveauté du Christ n’est pas seulement dans le but à atteindre, elle est aussi dans l’approche qu’il nous fournit. Saint Paul, avec l’affirmation de la Résurrection, nous donne la liste de ceux qui ont transmis la bonne nouvelle. Le fait va de pair avec les témoins qui l’attestent. Et cela se vérifie particulièrement avec l’entrée en scène de l’Eglise, cette Eglise qu’on a justement appelée au début la « Voie » (cf. Actes 9,2) : elle n’est pas une société humaine comme une autre, regroupant les adeptes de Jésus de Nazareth, parce qu’il faut bien se regrouper pour durer. Elle se structure autour de la vérité qu’elle porte : par sa nature apostolique (« comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie »), elle renvoie en permanence à son point de départ, tout en suscitant sans cesse de nouveaux maillons à la chaîne qui nous relie à lui, mais ces maillons, elle n’arrête pas de les ajuster pour qu’ils jouent leur rôle et ne se prennent pas pour la source.
Mais ce n’est pas moins vrai des conditions à fournir pour que le dépôt de la foi soit transmis sans déperdition à toutes les générations et à tous les peuples : l’Eglise n’en finit pas de susciter de nouvelles approches à la vérité dont elle est porteuse, mais, pour cela, il ne lui suffit pas de prendre les outils que lui fournit le monde, elle doit les trier, les travailler, pour les rendre capables de porter l’Indicible, sans lui faire écran. Et quand elle y arrive, quelle merveille !
Pour connaître Jésus, pour vivre de lui, laissons-nous pétrir par lui ! Il nous en a donné le moyen.

