
Morts au péché et vivants pour Dieu
Dans le célèbre chapitre 6 de l’Épitre aux Romains, saint Paul fait une synthèse magistrale de tout ce qu’il a pu dire sur le baptême et son effet dans le cœur de ceux qui le reçoivent. Après avoir campé le péché des origines (chap. 5) et ses conséquences, il nous présente le remède que le Christ nous a donné.
Ce remède, le Christ se l’est d’abord appliqué à lui-même d’une certaine manière : par sa mort et sa résurrection, il a rompu avec la condition pécheresse qui était celle de tout homme venant au monde. Bien que Jésus, pour lui-même, ait été exempt de tout péché personnel, il trempait dans cette humanité glauque, portée à s’insurger contre Dieu. L’Apôtre nous dit qu’il est « mort au péché une fois pour toutes » : par son obéissance à la volonté du Père jusque dans la mort, il a rompu définitivement avec cette contagion. Si bien que la vie nouvelle qu’il reçoit au matin de Pâques, il peut nous la transmettre : elle est totalement affranchie du mal.
Reste à nous approprier cette séparation et c’est là qu’intervient le baptême. Le baptême, c’est une mort et un commencement. Par son symbolisme (l’eau qui engloutit le corps et dont peut ensuite émerger), il signifie les deux. Mais ce n’est pas seulement pour faire image que le Christ nous a légué ce sacrement : en obéissant à son commandement nous le laissons agir lui-même et opérer cette séparation, ce que nous ne pourrions réaliser par nous-mêmes.
Nous serons donc « morts au péché et vivants pour Dieu ». Mais que veut dire cette mort, alors que nous voyons quotidiennement les adhérences que nous avons gardées avec l’ancien monde ? Qu’y a-t-il de vraiment changé ? La seule réponse possible est qu’avec le baptême, le mal n’est plus une fatalité, chaque acte de liberté que la grâce baptismale nous permet de poser met en cause la domination du Mauvais, et si cet acte se réitère, si la volonté se fortifie, aidée par la prière, c‘est le début d’une nouvelle vie qui s’opère en nous.
Par le don de la foi, de l’espérance et de la charité, « vertus théologales » qu’il nous a communiquées au baptême, il nous a fourni le moyen de voir ces petits commencements et d’attendre patiemment leur plein accomplissement. Par la vertu de charité qu’il a versée dans nos cœurs, il nous permet de voir cette lutte cachée comme un acte d’amour qu’il suscite et qu’il encourage.
Nous sommes alors « vivants pour Dieu » ! Et faut saluer cette bonne nouvelle : le baptême nous rend vivants dans un monde porté à la tristesse et à l’immobilisme. La vie avec le Christ n’a rien de figé : c’est une vie en mouvement. C’est par des chemins toujours nouveaux et inattendus qu’il nous mène à cette pleine réussite de notre vie de grâce. Quand Dieu nous partage sa vie, c’est une invitation à voir grand, à ne pas nous contenter du médiocre et de l’à-peu-près.
Vivants pour Dieu, vivants avec Dieu, vivants en Dieu, allons de l’avant !

