
Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus
La nouvelle traduction liturgique de Philippiens 2,5 nous rend fort heureusement le sens exact de la phrase de Saint Paul, au moment où il va introduire son extraordinaire hymne au Christ qui s’est « anéanti » pour nous. Il s’agit d’une invitation à avoir en nous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus, c.a.d. dans son cœur et non « les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus », c.a.d. quand on est chrétien.
On voit tout de suite la différence : nous n’avons pas seulement à suivre les enseignements du Maître, ni même à l’imiter dans sa conduite, nous sommes invités à partager les dispositions de son cœur, c.a.d. celles de sa vie intérieure. Toute l’originalité est là, Jésus n’a pas été un simple moraliste qui nous donnerait de bons principes, il n’est pas non plus un modèle que nous devrions essayer d’imiter. Non. En se faisant homme, il a pris notre humanité abimée et l’a reconstruite de l’intérieur en vivant une vie en tout semblable à la nôtre, mais divinement animée, c’est ainsi qu’il a porté à sa perfection notre nature humaine pour pouvoir nous la communiquer restaurée.
C’est cela même que nous recevons dans les sacrements : en adhérant au Christ par le plus profond de notre être, nous lui permettons de reproduire en nous quelque chose de sa divine charité dans les innombrables circonstances de la vie qu’il a lui aussi connues : travail, relations familiales, démarches de prières, affrontements, joies, peines, mort etc…. Nous tendons ainsi à nous rapprocher de ce que nous dit encore saint Paul, « ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20).
Mais nous n’y trompons pas : cela ne se fait tout seul, et nous ne sommes pas transformés sans avoir rien à donner de nous-mêmes, car il nous faut d’abord prier pour nous ajuster au Christ et c’est ce long face à face avec lui qui nous permet de passer de l’admiration à l’amour et de l’amour à ressemblance. Dans un cœur qui commence à connaître l’effervescence de l’Esprit Saint, Jésus peut imprimer sa marque et éveiller la résolution et le courage nécessaires à la lutte. Rien en effet ne se réalise sans participation à la croix, et d’autant plus que l’Ennemi est aux aguets et n’épargne pas ceux qui ont commencé à suivre le Christ.
On demande parfois ce que le Christ a apporté de neuf dans la vie des hommes : des valeurs ? quelques beaux exemples ? l’intérêt pour les pauvres et les faibles ? C’est vrai, mais on fera toujours remarquer qu’il y a d’autres beaux exemples ailleurs et que les chrétiens eux-mêmes ne remplissent pas souvent son programme.
Mais on se trompe de direction : ce n’est pas seulement le programme qui compte, c’est de savoir comment on peut arriver à l’appliquer. Jésus nous avertit : « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5). Seule notre relation suivie avec lui peut changer quelque chose dans notre vie.
Il nous a dit lui-même qu’il est le Chemin et pas seulement la Vérité et la Vie (Jean 14,6), donc pas seulement le but, mais aussi et d’abord le moyen. Pour entrer dans le Royaume, il s’agit de passer par Lui, la porte étroite (Matthieu 7, 13-14).
Vous voyez ce qui nous reste à faire ?

