
C’est l’ennemi qui a fait cela
Si bonne que soit la Sainte Providence, il y a des choses qui arrivent et qui ne sont pas directement voulues par elle. Adam était institué gardien dans le jardin d’Eden, mais il faut croire qu’il n’a pas très bien rempli sa fonction, car le serpent a réussi à y pénétrer. Certes la tentation n’est pas le péché et le couple humain aurait pu, à ce moment-là, résister aux suggestions du Mauvais, mais cette proximité du mal porte en elle une menace et on ne comprend pas que Dieu nous fasse jouer ainsi avec le feu.
« A vaincre sans effort on triomphe sans gloire » argueront certains, mais, de là à nous dire que Dieu a délibérément voulu la tentation pour nous donner l’occasion de la vaincre, je persiste à trouver cela pas très normal et, en tout cas, indigne d’un Dieu amour.
On dirait que, dès qu’il s’agit du Mal, Dieu est privé de toute prévision ou de tout calcul. Comment se fait-il, par exemple, que le propriétaire du domaine qu’exploitent les vignerons malhonnêtes qui refusent de lui payer le fermage, puisse dire : « ils auront égard à mon fils » (Matthieu 21,37), alors que, dans la suite de ce qu’ils ont déjà fait, on pouvait bien prévoir qu’ils ne s’en tiendraient pas là et qu’ils allaient vouloir éliminer l’héritier pour garder l’héritage !
Si Dieu veut toujours le Bien, le mal lui échappe. Là où nous, nous avons, malheureusement, l’habitude de prévoir le mal, de le calculer et même d’en jouer, Dieu semble dépourvu de cette capacité. C’est ce qui le rend désarmé devant la méchanceté des hommes. Non qu’il ignore tout à fait le comportement des méchants, car Jésus annonce sa Passion par exemple, mais, s’il connait d’avance les faits (l’arrestation, les coups, la croix), il ne leur donne aucun fondement dans la méchanceté des hommes. C’est pourquoi son pardon arrive si complètement: « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Il faut une singulière pénétration pour voir, au-delà de la cruauté et du mépris qui s’affichent, une nature profonde qui a échappé au mal.
Il faut revenir sans cesse à l’Innocence de Dieu. Ce qui distingue le plus, dans la Bible, le Dieu saint d’Israël de tous les dieux du paganisme, c’est qu’il ne trempe jamais dans le mal, pas même pour une fin bonne. Il y aurait un beau travail à faire pour montrer en Jésus celui qui à chaque instant « innocente » Dieu. S’il guérit les corps et chasse les démons, c’est pour couper court à toute accusation portée contre Dieu.
« Il faut que le monde sache que j’aime mon Père », dit-il la veille de sa passion (Jean 14,31)

