
La vie éternelle, c’est de te connaître…
Nous trouvons, au début de la « prière sacerdotale » que Jésus adresse à son Père la veille de sa Passion, cette affirmation forte : le Père lui a confié pour mission de donner la vie éternelle aux hommes. Mais en quoi consiste cette « vie éternelle » ? En banquets somptueux ? en rencontres amicales ? en voyages interplanétaires ? Non rien de tout cela : « la vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ ».
Aux yeux du Christ, il n’y a pour nous pas d’autre avenir que celui-là : « connaître » Dieu le Père avec son Fils (et le Saint Esprit, bien sûr), le connaître pas seulement avec notre intellect, mais avec tout notre être. Nul plus que lui n’a su nous dire que l’être humain est, avant toute chose, un être religieux, fait non seulement par Dieu mais pour Dieu. Toutes nos autres finalités (travail, famille, politique, art, sport etc…) n’ont de prix que référées à Dieu, sinon elles deviendraient vite des idoles qui nous prendraient au piège de leurs charmes pour nous garder captifs.
En même temps, il nous indique la raison d’être de son Incarnation. Il est venu chez nous parce que le lien avec le Créateur n’était plus si net, les hommes ayant souvent reçu une image abimée de ce qu’est Dieu : Moloch cruel qui dévore ses enfants, ou débordement de richesses destinées à nous séduire, ou encore principe intemporel avec lequel joue notre intelligence. Dans tout cela, il n’y avait plus beaucoup de trace du Dieu-Amour. Alors il a fallu que Jésus se fasse l’un d’entre nous pour qu’à travers ses paroles et sa manière d’être, nous devinions autre chose. Son admiration pour le Père et son obéissance filiale nous transportent dans une tout autre ambiance, là où Dieu nous comble et nous dépasse. C’est ainsi que, faute du vrai Dieu, l’athéisme avait pu germer dans des cœurs déçus et blasés.
Mais, surtout, le Christ nous donne le moyen d’aller surement vers le Père, dont il nous parle si bien. Il nous apprend le rude chemin qui faut suivre, maintenant que le péché a fait son entrée dans le monde. Notre obéissance doit peu à peu se calquer sur la sienne et nous apprendre à dire à notre tour : « non pas ma volonté mais la tienne ! ». Et pour y parvenir, il est prêt, si nous le voulons, à nous injecter l’Esprit de Vie qui fait vivre. C’est ce qui s’opère dans le baptême et les autres sacrements.
Au moment de partir de ce monde, Jésus confie ce programme immense à un tout petit groupe d’hommes dont il mesure bien la faiblesse. Sa prière est à la taille d‘un tel défi.

