
La sagesse du mystère de Dieu
Saint Paul est très clair : la vérité dont bénéficient les chrétiens n’est pas n’importe quelle doctrine à la mode qui rallie les suffrages des doctes et nourrit les conversations sur l’agora, mais ce n’est pas non plus une pensée indigente, qui se contenterait d’aligner des lieux communs et n’apporterait aucune lumière.
On comprend bien que, sous ce nom un peu énigmatique, Paul fait allusion à un domaine que nous appellerions « théologie » : la connaissance de Dieu et du Christ, le projet créateur, la rédemption opérée par Jésus, la vie éternelle etc… Mais attention, il ne s’agit pas seulement d’une discipline universitaire, avec ses chaires professorales et ses examens. Il s’agit d’entrer dans le mystère de Dieu, comme le dit si bien l’Apôtre et on n’y entre pas comme en pays conquis, avec les gros outils qui servent à traiter l’économie ou les sciences naturelles. Comme le dit ailleurs Paul : « C’est à moi, le moindre de tous les saints, qu’a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Nations la richesse inépuisable du Christ, et de mettre en lumière, aux yeux de tous, l’économie du mystère qui avait été caché depuis le commencement en Dieu, le Créateur de toutes choses » (Éphésiens 3,8-9).
Déjà le terme de « mystère » devrait nous alerter, il ne s’agit pas d’une réalité simplement cachée dont il faudrait forcer le code d’accès, il s’agit d’un secret d’amour que Dieu, au moment opportun, a commencé à dévoiler aux hommes en leur envoyant son Fils. Il n’y a donc rien là d’une énigme indéchiffrable, mais le mystère doit être lu comme il est donné, c.a.d. dans le mouvement même de la grâce qui l’a portée jusqu’à nous. Si théologie il y a, ce sera une compréhension en profondeur des voies de Dieu dans l’histoire du monde, une admiration sans cesse renouvelée pour sa façon d’agir. Chaque pièce de la mosaïque se comprendra par rapport au tout, qui donne son sens à chaque détail : le dessein d’adoption de l’homme par le Père qui préside à la création reste le sous-entendu caché de tous les autres épisodes. C’est lui qui explique la sévérité, comme les ménagements avec lesquels Dieu mène sa créature. C’est lui surtout qui éclate dans la vie du Christ incarné et son offrande pascale au Père. C’est encore lui qui s’affirme dans l’institution de l’Église et son acheminement vers la Gloire.
A tous ceux qui veulent entrer à la suite de Paul dans l’intelligence du mystère, la porte est grande ouverte. Mais c’est une aventure qui demande beaucoup de nous-mêmes : ne pas nous laisser prendre au piège des synthèses faciles, des explications toutes faites qu’on répète sans avoir réfléchi, mais nous nourrir auprès des vrais maîtres et sous leur conduite remonter aux sources, celles qui coulent dans les Ecritures, les Pères, l’enseignement de l’Église.
Avec cela, il faut la prière qui peut seule donner du relief à ce que nous aurons lu et essayé de comprendre, et les longues stations devant le Saint Sacrement qui nous auront ancré dans le Mystère…

