
La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux
Cette phrase douloureuse que Jésus prononce en voyant la foule qui l’assiège mérite qu’on s’y arrête un moment.
D’abord de quelle moisson parle-t-il ? Compte-tenu de tout ce qu’il a déjà dit de sa mission, il ne peut s’agir ici que de la conversion des fils d’Abraham à une religion du cœur qui les prépare à l’ère messianique toute proche.
Les ouvriers seront ceux qui seront touchés les premiers et qui entraineront leur entourage à les suivre. Pour que la contagion se répande, il n’y a pas d’autre procédé que le bouche à oreille. Et, d’après ce que l’on voit dans les évangiles, il a réussi.
Sans plus tarder, Jésus procède donc à la mise à part des douze, qui seront les prémisses de la mission. Observons bien qu’il n’y a pas d’abord une Église rassemblée, des gens qui suivent Jésus, et ensuite une organisation qui est mise en place pour les encadrer. L’Église se forme autour de ces premiers que le Christ envoie comme il a lui-même été envoyé. En ce sens, elle est « apostolique » : elle surgit de la mission et y conduit, car ces premiers qui ont été entraînés et qui ont été illuminés par le Christ sont mieux placés pour partager le trésor qu’ils ont découvert.
Pendant des siècles, il est vrai que les choses ne se passaient pas tout à fait ainsi, on pouvait croire qu’on était chrétien par la naissance et qu’on le resterait jusqu’à la mort. Il y avait alors comme un face à face dans l’Église entre un peuple et une hiérarchie, d’où tous les problèmes qui ont pu se poser pour partager les responsabilités. Mais ce n’était en fait qu’une illusion. L’Église a toujours été faite pour ceux qui n’y sont pas encore : les évêques, les prêtres et les laïcs engagés ne sont que des maillons attelés à la même tâche de transmission.
D’ailleurs regardez : elle a reçu une parole qui n’est vivante et lumineuse que quand elle se propage, elle a un culte qui est une perpétuelle initiation à la vie du ciel. Que ce soient les enfants à naître ou les foules qui passent dans la rue, sa mission est de proposer la foi. C’est pourquoi ses effectifs sont en constante fluctuation : elle grandit quand elle remplit pleinement sa fonction, elle diminue ou régresse quand elle ne fonctionne plus qu’en circuit fermé.
La prière que nous dicte le Seigneur a donc plus que jamais son importance. Mais elle nous engage aussi, car prier pour les vocations d’apôtres, c’est accepter qu’il y en ait autour de nous, chez nous, et pourquoi pas avec nous !

