
La création attend sa libération
Le passage de l’Épitre aux Romains que nous lisons ce dimanche a suscité bien des interprétations. Où voit-on dans la Bible que la création ait été « soumise au néant » ? Certains pensent à une première chute, celle des anges, qui aurait eu des conséquences sur la nature, entraînant la violence que l’on constate un peu partout dans le règne animal et qui n’a pas attendu l’homme pour se manifester. Pourquoi pas ? mais cela reste au niveau des hypothèses.
Pour ma part, je retiendrais davantage l’interprétation de saint Anselme qui considère que la déchéance du monde dont il est question ici est liée à l’idolâtrie de l’homme qui, en se détournant du vrai Dieu, s’est mis à adorer les forces de la nature et le monde animal. Loin d’y voir un honneur, ces créatures se trouvaient « opprimées et dégradées par un culte idolâtrique, étranger au but de leur création », dit Anselme. C’est pourquoi elles aspiraient à la « révélation des fils de Dieu », c.a.d. à l’émergence d’une humanité rachetée qui rejette l’idolâtrie. La noblesse des créatures, c’est d’être au service de l’homme, le lieutenant de Dieu dans la création, – comme la noblesse de l’homme, c’est d’adorer son Créateur.
On pourrait dire qu’ en se détournant de sa vraie grandeur (l’adoration de Dieu), l’homme a cultivé un rapport faux avec la création : soit qu’il l’exploite impitoyablement pour augmenter son profit ou son confort, soit qu’il l’idolâtre, comme on voit aujourd’hui certains traiter les animaux de compagnie comme des membres de leur famille, ce qui amène à parler de plus en plus des « droits » des animaux, alignés sur les droits de l’homme !
De toute façon, nous comprenons mieux ce que nous laisse entendre saint Paul : la création tout entière est liée à l’histoire de l’homme : compromise par Adam, elle a été sauvée par Jésus. Depuis les anges, jusqu’aux moindres segments de la nature inanimée, elle a été conçue comme un magnifique escalier qui mène jusqu’aux approches du mystère Dieu. Mais surtout elle a un centre : le Christ, l’Homme Dieu, qui, venu parmi nous, ayant revêtu notre chair, récapitule en lui toute la création et la met en harmonie avec Dieu.

