
Une belle profession de foi
Curieusement, saint Paul, dans le passage de la première lettre à Timothée que nous entendons ce dimanche, emploie la même expression pour désigner le témoignage rendu par Timothée devant un grand nombre d’assistants et celui rendu par Jésus lui-même devant Ponce Pilate.
Il faudrait d’abord savoir à quelle confrontation ou comparution fait allusion Paul quand il parle de témoignage de son disciple : a-t-il porté témoignage devant une assemblée chrétienne ou devant une foule hostile ? Il faut sans doute préférer la deuxième hypothèse, ce qui correspondrait mieux à la comparaison faite avec le témoignage rendu par Jésus. Mais dans tous les cas, une « profession de foi » est toujours un acte courageux par lequel on prend parti et on s’expose à la critique.
Mais, dans le cas du Christ, cette profession de foi l’a amené à la mort. Notons bien que Paul ne parle pas ici du témoignage rendu devant Caïphe et le sanhédrin, témoignage qui a eu pourtant comme effet de le faire condamner par les autorités juives : « « Vous venez d’entendre le blasphème : que vous paraît-il ? » Tous le déclarèrent qu’il méritait la mort » (Marc 14,64 ; Matthieu 26,65).
Mais il s’agit bien chez Paul du jugement rendu par Pilate, jugement qu’il était seul à pouvoir exécuter en livrant Jésus à la crucifixion. Et ce jugement porte sur le témoignage rendu par Jésus dans le bref moment où il a été seul face-à-face avec le procurateur. C’est une profession de foi dans un genre particulier que saint Jean (18,37) a bien mis en valeur. Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Ce qui est insupportable, c’est sa prétention à la vérité. On lui pardonnerait d’être un chef de bande, une tête brûlée… Mais se faire l’écho de la Vérité même, une vérité qui démasque tous les faux-semblants et fait vaciller les idoles, non il ne peut pas tolérer cela. Aux premiers chrétiens on n’a pas reproché leur attachement sentimental à Jésus, mais le fait que le Dieu dont ils parlaient était le seul vrai. Le Pape Benoit XVI nous a rappelé que les premiers chrétiens n’ont pas cherché à s’expliquer avec les mages des religions orientales, mais bien plutôt avec des philosophes. L’enjeu était la vérité.
A nous aussi c’est bien ce qui arrive quand nous portons vraiment témoignage au Christ. Aussitôt arrivent les questions : y a-t-il une vie après la mort ? est-ce que Dieu est l’auteur du mal ? Y a-t-il plusieurs chemins pour accéder au salut ? peut-on voir Dieu ? Et là il ne s’agit pas de répondre dans le vague.
A moins que, comme Jésus, nous nous attirions la réaction de Pilate sceptique qui déclare (sans attendre la réponse) « qu’est-ce que la vérité ? ». Face à l’exigence de la lumière, il y aura toujours la possibilité de se fermer à toute intrusion du jour. Beaucoup chercherons à se convaincre que rien n’a de sens, que l’absurde règne partout et qu’en attendant de disparaître, nous n’avons à chercher d’accomplissement que dans le plaisir.

