
Sainte Famille
En ce dimanche consacré à la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, l’Eglise nous fait entendre la voix de saint Paul qui nous prodigue de sages conseils pour la vie en famille. Ceux-ci ont du poids, car ils émanent d‘un homme qui a sans doute accompagné l’éclosion d’un modèle nouveau de vie familiale, celui qui se cherchait dans les communautés qu’il avait fondées en pays païen. Il ne s‘agissait pas d’imiter la société en place à Rome ou à Ephèse, mais il n’était pas non plus question de revenir au judaïsme, même s’il y avait des valeurs à conserver.
Ce qu’il dessine n’est pas un idéal désincarné, il sait qu’à côté de tendresse et de la bonté, il faut aussi de l’humilité (« estimez les autres supérieurs à vous-mêmes », dira-t-il ailleurs, Philippiens 2,3). A côté de « la douceur », il nous demande d’accepter l’épreuve de la « patience ». Il va toucher le point sensible : « supportez-vous mutuellement ». Eh oui « supportez-vous ! » ; ce n’est pas un grand idéal, mais c’est nécessaire, il faut en passer par là. Et puis « pardonnez, si vous avez des reproches à vous faire ». L’amour est fait de pardons donnés et redonnés. 70 fois 7 fois dit Jésus (Matthieu 18,22), c’est toujours à refaire, non seulement donner son pardon sans réserve, mais aussi savoir le demander (même si on n’a pas le sentiment d’avoir mal agi, mais pour peu qu’on ait surpris l’ombre d’un soupir ou d’une larme). « Agissez comme le Seigneur (rien que ça !), il vous a pardonné, faites de même. » On serait mal venu de faire moins.
Là-dessus Paul revient sur l’amour : « c’est lui qui fait l’unité dans la perfection ». Tel est le secret de la famille selon le cœur de Dieu : un lieu où l’on s‘aime, un lieu où on est aimé et où on grandit dans cet amour. Réussir cela, c’est tout gagner.
Saint Paul a une haute idée du mariage : « maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l’Eglise, il s’est livré pour elle » dit-il aux Ephésiens (5,25). Le Christ a consommé (sur la croix) un don sans réserve, pour que cette Eglise qu’il aime soit sans défaut et sans tâche. Aux hommes d’en prendre de la graine ! Il est évident que la réciproque est aussi vraie et que l’amour sacrificiel du Christ est également pour les femmes, elles aussi ont à se donner jusqu’au plus intime d’elles-mêmes pour la sanctification de leur conjoint.
Ce qui fait la force du discours de Paul, c’est qu’il n’idéalise pas la réalité de le vie de famille : il sait les faiblesses des hommes et des femmes (et celles des enfants), les conflits qui éclatent en sourdine ou au grand jour, les petitesses, les mesquineries, mais il sait qu’un disciple de Jésus qui a reçu le saint baptême et qui a été marié par l’Eglise peut transfigurer tout la cela par une charité surnaturelle, pour peu qu’il puise à la grâce reçue.
Notre monde ressemble par certains côtés à celui que connaissait saint Paul, il n’y a pas de passé à reproduire, tout est à inventer. Mais si on prend le Christ pour base, on peut édifier quelque chose de solide, qui sera comme un point de repère et un soutien pour les jeunes générations qui s‘annoncent et qui ne sont pas moins généreuses que celles qui les ont précédées.

