
Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes
On ne s’arrête pas souvent sur ce programme que Jésus a fixé à ses premiers disciples, lesquels viennent d’être témoins du miracle de la pêche miraculeuse : « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ».
L’apostolat auquel sont destinés Pierre, André, Jacques et Jean est décrit comme une pêche, c.a.d. qu’il s’agit de faire rentrer des êtres humains dans le grand filet de l’Eglise. Le mot employé par Jésus peut choquer, mais il dit bien ce qu’il veut dire : il y a une action à entreprendre, car les gens ne viendront pas d’eux-mêmes à l’Eglise : il ne s’agit pas d’attendre le client, de se fier à une attraction naturelle, d’espérer que spontanément les foules viendront à nous, parce que nous serions les plus beaux, les plus vertueux ou les plus intelligents. Il nous est bel et bien demandé d’aller vers eux et de leur proposer avec des mots quelque chose qui les touchera, les éclairera, leur donnera envie de connaître le Christ.
C’est comme cela que les choses se sont passées, depuis le début : il y a un jour l’initiative d’un groupe de croyants qui, passionnés par Jésus, se mettent à partager avec d’autres leur découverte. Mais, plus profondément, c’est l’acte d’une liberté qui va au-devant d’autres libertés plus ou moins prêtes à l’écouter, expérience risquée où on s’expose et dans laquelle l’apôtre n’a aucune arme infaillible à sa disposition. On voudrait souvent remplacer cette étape par un moyen impersonnel qui rendrait l’approche plus facile : un texte ou une vidéo qu’on distribuerait et qui serait de nature à convaincre le mal croyant ou le non-croyant. Rien de tout cela ne remplace l’échange personnel, dans lequel on ose dire, à un certain moment : « avez-vous jamais pensé à suivre le Christ ? » C’est là, dans ce moment privilégié où l’autre est sollicité de prendre parti et de remuer les braises d’un feu qui couvait peut-être en lui, ; c’est là que peut prendre corps un petit début de réponse.
Rien dans tout cela qui ressemble à de l’impérialisme. L’apostolat n’est pas une conquête, mais une offre très humble qui s’adresse à une personne concrète, laquelle n’est pas une table rase, mais un cœur fait pour Dieu. Avant même la rencontre, il avait réfléchi et peut-être compris bien des choses. Même si la pêche à la ligne devient une pêche au filet, parce que les cas se multiplient et font boule de neige (ça arrive), l’évangélisateur restera toujours tourné vers des personnes singulières à prendre pour elles-mêmes. Quand on est témoins d’une conversion, le pêcheur d’hommes sait qu’il n’a été que l’occasion pour Dieu d’agir. Lui et son interlocuteur se sont retrouvés agenouillés ensemble devant une Vérité plus grande, qui les dépasse tous les deux. Et il aura conscience d’avoir plus reçu dans l’échange qu’il n’a donné.

