
La vierge enfantera
En ce quatrième dimanche de l’Avent, c’est la préparation de la venue de Jésus dans l’histoire qui prend maintenant le pas sur toute autre considération et nous voilà à présent tout tournés vers le mystère de Noël.
Nous entendons, comme au jour de l’Annonciation, la prophétie merveilleuse d’Isaïe, avec notamment la phrase : « la vierge est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel ». Notre actuelle traduction liturgique dit bien : « la vierge », alors que la précédente avait « jeune femme » au vu d’un mot hébreu « almah », qui ne dit pas spécifiquement la virginité, mais une femme en âge de se marier. Pour beaucoup, cette traduction par « vierge », qui est déjà le fait de l’évangéliste quand il cite ce passage, serait une récupération par les chrétiens d’une antique prophétie qui annonçait simplement une naissance dans la famille royale de Jérusalem. Mais, si c’était vrai, on se demande en quoi cette naissance serait un signe miraculeux, comme semble l’indiquer tout le passage. D’autant plus que cela ne correspond à personne qui ait laissé un nom dans l’histoire, en tout cas pas à l’héritier du roi Achaz, Ezéchias, qui était déjà né depuis sept ans quand cette prophétie a été prononcée (il a vingt-cinq ans au moment de son accession au trône en 716 av. JC, cf. 2 Rois 18,2 et la prophétie d’Isaïe est sans doute de 733 av. JC).
De plus, la première traduction grecque de ce passage, faite par des juifs et non par des chrétiens (quatre siècles avant le Christ !) a choisi pour traduire almah le mot grec « parthénos », qui, ce coup-ci, désigne clairement une femme qui n’a pas encore connu de relations conjugales. Il faut croire que le sens premier de la prophétie était de désigner un être d’exception, à travers lequel Dieu interviendrait en bousculant l’ordre normal de la nature.
Nous arrivons ainsi à la célèbre question de ceux qui nous demandent : Dieu n’aurait-il pas pu vouloir que son Fils s’incarne dans un enfant né par les voies normales ? La filiation divine de Jésus et sa naissance virginale sont deux dogmes qu’on pourrait théoriquement distinguer (les musulmans croient au second sans croire au premier), mais qui vont merveilleusement ensemble : Jésus n’a pu mettre tellement en valeur la paternité du Père des cieux que parce qu’elle était pour lui immédiate et totale, même s’il savait honorer Joseph comme son père adoptif. Et par ailleurs l’humanité qu’il recevait de l’Immaculée n’était pas la énième reproduction de l’humain pécheur qui se succédait à chaque génération depuis Adam, c’était une nouvelle souche, tout ajustée à Dieu, plus jeune que le péché.
Quand Dieu agit, il laisse la trace de son passage, sans s’imposer. C’est ce qu’il a fait avec Marie.

