
Le christianisme est-il misérabiliste ?
La première lecture de ce dimanche donne le ton : « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ». La deuxième va dans le même sens ; « parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi ». L’évangile n’est pas en reste, puisque c’est celui des béatitudes et le message est clair : celui qui n’a rien, qui est pauvre, qui est faible et persécuté, c’est celui-là le plus heureux.
Ce qui ressort de tout cela, c’est que Dieu ne craint pas de faire appel à des moyens pauvres pour nous faire parvenir son message. Cela nous le savions depuis la crèche de Bethléem. Mais il ne faut pas que nous en tirions la conclusion que son message soit pauvre et que sa grâce n’éclate pas à travers tout ce qu’il fait. Il a une manière vraiment divine d’agir parmi nous. C’est ce qu’a compris la Vierge Marie quand elle déclare dans son Magnificat : « le Puissant fit pour moi des merveilles ». L’attribut qu’elle retient pour Dieu, c’est celui de la Toute Puissance et pas la faiblesse.
Ce qu’il fait en elle n’est pas banal du tout, c’est « merveilleux ». D’ailleurs réfléchissons à ce mot de Magnificat qui donne son nom à l’hymne qu’elle improvise : plus Dieu s’est abaissé pour elle, plus elle le « magnifie », c.a.d. étymologiquement le « fait grand ». Loin de le rapetisser, comme certains voudraient faire aujourd’hui pour le mettre à notre niveau, elle veut exalter sa grandeur !
Cette grandeur se rencontre dans tout ce qu’il fait : s’il passe par des gens simples pour leur faire connaître sa grâce et s’il vient dans une petite bourgade de Judée pour y naître, c’est qu’il va y déployer sa manière à lui d’agir qui n’est pas ordinaire. Méfions-nous de cette tendance à tout égaliser, elle apporte avec elle ennui et tristesse. Autour de la crèche, il y a des gens simples, des bergers, certes, mais il y aussi des anges qui chantent dans la nuit la gloire de Dieu !
Les pauvres ne sont pas les derniers à percevoir cela, c’est eux qui aiment les cérémonies solennelles et les costumes brillants. L’un d’eux me disait un jour : « ce qui nous attire dans les bars, ce n’est pas tellement l’alcool, c’est qu’il y a là de la lumière et de la musique et des glaces partout… ».
Dieu ne nous jette pas de la poudre aux yeux pour nous conquérir, mais il y a une beauté qui n’appartient qu’à lui et qu’il sait mettre dans les détails comme dans les ensembles. Soudain nous percevons les manières infiniment délicates par lesquelles il a préparé les évènements majeurs de notre vie, et aussi la richesse du cycle liturgique se révèle à nous sous un jour inattendu. » Voici que je fais toutes choses nouvelles » !

