
Père des pauvres
Pater pauperum, c’est le premier titre qui est donné à l’Esprit Saint dans le Veni sancte Spiritus, la célèbre prose de la messe de la Pentecôte, attribuée à Etienne Langton († 1228). Je ne sais pas ce qu’il y avait dans la tête de ce pieux archevêque quand il composa la prose en question, mais on peut penser qu’il illustrait par-là la mission de Consolateur traditionnellement attachée à la personne du Saint Esprit (c’est un des sens du mot Paraclet). L’Esprit venait ainsi comme celui qui soulage la misère et donne courage aux défavorisés. Mais n’y a-t-il rien d’autre ?
Il me vient à l’esprit l’idée que l’Esprit Saint ne mérite pas seulement ce titre parce qu’il viendrait en aide aux pauvres de nos cités, en faisant en sorte qu’ils soient un peu moins pauvres, mais bien plutôt parce qu’à nous tous il apprend à être des pauvres selon le cœur de Dieu. Après tout, la béatitude des pauvres ne dit pas : « heureux les pauvres, parce qu’ils seront enrichis », mais « heureux les pauvres parce qu’ils seront appelés fils de Dieu ».
Pauvres, nous le sommes tous, quel que soit l’état de notre compte en banque. Nous mendions à longueur de journée, pour trouver un peu d’amitié, de tendresse, de compréhension, de santé, de succès. Depuis que nous sommes sur terre et que nous avons quitté le ventre de notre mère, il nous manque toujours quelque chose et nous ne sommes jamais complètement satisfaits. Tant mieux d’ailleurs. C’est cette insatisfaction qui nous fait avancer, chercher, inventer, sortir de nous-mêmes. Notre pauvreté nous oblige à être intelligents et à faire des choix pour faire prédominer le meilleur.
Mais dans cette quête, nous avons besoin d’être guidés. Car notre premier mouvement consiste à prendre ce qui est le plus immédiatement à notre portée et répond au besoin que nous ressentons sur le moment. On court en allant au plus pressé. Mais cette satisfaction, toute provisoire, ne nous satisfait guère, elle ne répond pas vraiment à ce désir plus caché qui est au fond de nous : aimer et être aimé infiniment. La présence de ce désir vital disparait sous les petites sollicitations de tous les jours : un soulagement par-ci, une satisfaction d’amour propre par-là et la vie continue sans grande joie. Pourtant nous continuons à nous lever le matin et à repartir au travail, même si celui-ci n’est pas toujours très drôle. C’est que l’attente de notre cœur est toujours là : inconsciemment nous avançons vers un Bien qui nous échappe mais que nous croyons encore possible.
C’est là que nous pouvons rencontrer le Père des pauvres, qui nous apprend que ce Bien n’est pas un vain mot, qu’il existe en Jésus, qu’il est même bien réel : c’est Jésus, qui s’est fait lui-même pauvre pour nous rejoindre, caché dans l’hostie, pour nous faire signe. L’Esprit Saint éveille en nos cœurs un secret frémissement à son contact, une douceur inconnue jusque-là : il est là, il me connaît, il m’aime, avec lui je peux tout, je peux commencer à vivre…
Viens Esprit Saint, père des pauvres, descends dans le cœur de tes fidèles !

