
Du bon usage de la souffrance
En elle-même, la souffrance n’est pas belle, il peut arriver qu’elle grandisse l’homme, mais il est plus fréquent qu’elle le dégrade, qu’elle le rende révolté, amer, égoïste, fermé aux autres etc…
Ce n’est pas le moindre effet de la grâce du Christ que de changer la donne et de faire de cette souffrance un chemin de libération, une preuve d’amour, un titre de gloire. Saint Pierre dans l’épître de ce dimanche nous dit quelque chose de cela : « si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu ». Il fait allusion là aux calomnies qui courraient à Rome sur le compte de chrétiens, les accusant de conciliabules secrets destinés à nuire à la société, alors qu’il n’en était rien, bien sûr, et qu’ils remplissaient de façon souvent exemplaire leurs devoirs. L’injustice criante dont ils étaient victimes ne doit pas les abattre, au contraire, c’est une raison de fierté et qui rend hommage au nom de « chrétien ».
Un passage des Actes des apôtres (5, 41) nous livre un autre aspect de ce retournement qui fait ressentir de la joie, là où l’on pourrait se désoler : « (après avoir subi la bastonnade) les apôtres s’en allèrent tout joyeux de devant le sanhédrin, parce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres à cause du nom (de Jésus) ». Ils ne sont pas masochistes, ces apôtres, mais, après avoir été témoins de la souffrance du Christ (devant laquelle ils ont été passifs), voilà qu’ils peuvent lui montrer qu’ils considèrent maintenant comme un honneur de souffrir un peu pour lui. Ils ont donné, à leur tour, quelque chose d‘eux-mêmes pour témoigner de leur amour et de leur fidélité et ce n’est pas rien, quand on se rappelle l’abandon sans gloire qu’ils infligèrent à leur Maître au soir du Jeudi Saint ! Qui de nous n’a éprouvé cela, quand il lui fut donné de pouvoir témoigner à quelqu’un qu’on l’aime en faisant pour lui une démarche qui nous coûte ? Et, en plus, on le fera avec le sourire, pour ne pas gâcher le don !
C’est comme cela seulement qu’on peut comprendre les pénitences « afflictives » que l’Église a autorisées au cours de son histoire : jeûnes, privations, voire cilices et flagellations. Il ne s‘agit jamais de « châtier » le corps, comme on l’a dit parfois, mais de profiter de notre nature d‘êtres de chair pour témoigner à Jésus de notre désir de le rejoindre (un tout petit peu) dans son épreuve et de lui dire notre amour.
D’une façon générale, il nous est donné, par la grâce du Christ, de transfigurer cette terre de désolation (lacrimarum valle) en un verger fertile sous le regard de Dieu !

