
Nous adorons celui que nous connaissons
Phrase peu souvent remarquée dans ce chapitre 4 de saint Jean, pourtant si souvent cité parce qu’il contient le récit de la rencontre de Jésus avec la femme de Samarie (Jean 4, 5-26). Ce récit forme le premier volet d’un triptyque dont l’Eglise a fait le cœur de la préparation au baptême des catéchumènes en ce temps de Carême.
Juste après le passage bien connu (« si tu savais le don de Dieu… »), nous assistons à la confrontation de Jésus avec les villageois du coin qui ont été surpris par le témoignage rendu par la femme : « il m’a dit tout ce que j’ai fait ! »
Jésus est donc en face de Samaritains, qui ne sont pas tout à fait des païens (ils ont des Ecritures qui sont, à peu de chose près, notre Pentateuque), mais Jésus, en bon juif qu’il est, les considère comme en dehors de l’Alliance et du véritable Peuple de Dieu. Or, que leur dit-il ? « vous adorez ce que vous ne connaissez pas, nous (les juifs) nous adorons celui que nous connaissons » et là-dessus, il ajoute : « car le salut vient des juifs ! ». De quoi faire grincer des dents aux antisémites de tous les temps !
Pourquoi les samaritains ne connaissent-ils pas le vrai Dieu, alors que les juifs le connaissent ? Ce n’est pas faute d’avoir les bases, puisqu’ils ont des écritures apparentées à celles des juifs. C’est qu’ils ne vivent pas du culte adressé au vrai Dieu depuis le seul lieu qu’il ait choisi « pour y faire habiter son nom » : le Temple de Jérusalem. L’appartenance au Peuple de Dieu n’est pas seulement affaire de croyance, mais d’abord de culte. Quand il déclare « nous adorons celui que nous connaissons », la connaissance dont il s’agit est une relation du cœur et de l’esprit qui se scelle dans la liturgie, l’étude mais aussi dans une vie tout imprégnée de la présence du Dieu unique. Le judaïsme était une école qui distillait cette « connaissance ». C’est ce que nous dit saint Paul quand il s’afflige de voir le peuple juif passer à côté de la Bonne Nouvelle : « à eux appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la Loi, et le culte, et les promesses, et les patriarches, et c’est d’eux qu’est issu le Christ selon la chair » (Romains 9,4-5).
Nous aussi, nés pour la plupart en dehors du peuple juif, nous n’avons pas eu cette école. Il a fallu que nous trouvions le moyen de recevoir autrement cette propédeutique de la foi. Dans les meilleurs cas, l’Eglise nous a rendu ce service, mais, dans les bouleversements d’aujourd’hui, combien ont eu une éducation complètement chrétienne ? pour qui l’Eglise a-t-elle été ce bain salutaire qui peut baptiser le païen polythéiste que nous sommes restés dans le fond ?

