
L’Épiphanie : l’invisible devant nos yeux
Qui dit Épiphanie – « manifestation » – dit que Dieu s’est laissé voir des hommes. Mais c’est une redoutable aventure que celle-là : voir l’invisible ! Comment l’œil humain pourrait-il se poser sur ce qui n’a ni forme ni visage, ce qui, par définition, le dépasse ? Depuis toujours les hommes ont cherché passionnément à voir Dieu. Et ce fut même là leur plus réelle grandeur. Mais l’amour ne se laisse pas forcer la main. Car l’épiphanie tourne souvent à la caricature. A côté de très hautes évocations, que d’aberrations !
Il a fallu attendre l’heure de Dieu : « qui m’a vu a vu le Père » dit Jésus (Jean 14,9). La préface de la Nativité que nous entendons dans la nuit de Noël nous l’exprime, dans l’admiration : « maintenant nous connaissons en lui Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux » !
Comment s’est-il rendu visible ? Cesserait-il d’être l’Invisible ? Prendrait-il place désormais au rang des réalités communes qui peuplent notre environnement ? Non pas ! S’il a rendu visible sur le visage de l’Enfant Dieu quelque chose de sa beauté incréée, c’est comme une trace ou un signe, une invitation à remonter à la Source, c’est pourquoi le texte de la préface continue : « et nous sommes entraînés par lui à l’amour de ce qui demeure invisible ».
Dieu, en Jésus, n’est pas moins caché, il l’est même plus. Dans le paradoxe de son être, les extrêmes se rencontrent : la force supérieure et l’infinie faiblesse, la grandeur du Maître et l’humilité de l’esclave. En lui toutes les qualités que nous croyons simples (bonté, douceur, intelligence, etc…) se révèlent en lui paradoxales, il n’est pas bon à la manière du monde celui qui dit « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive» (Matthieu 10,34), sa justice va jusqu’à donner le plein salaire à l’ouvrier de la onzième heure. La manière supérieure dont il concilie en lui ces extrêmes nous laisse pressentir le secret divin de son être.
Le Dieu qui s’abaisse ainsi n’a jamais été si grand. Loin d’être une déchéance, un avatar, une mutation, l’Incarnation nous fait pénétrer dans les plus hautes profondeurs du Dieu Trinité.
C’est cela sans doute qui manque le plus à nos évocations de la Nativité. Saint François qui aimait tant la Crèche et qui en était si pénétré n’a jamais cessé d’appeler Jésus son Très-Haut Seigneur. Le réalisme qu’il a voulu mettre dans l’évocation de la pauvreté ne doit pas nous cacher que pour lui, comme pour tous les amoureux de Jésus, le dénuement de celui-ci révèle bien plus sa richesse que tous les fastes du monde.
Reste à le découvrir expérimentalement dans le silence de l’adoration.

