
Le juge qui nous sauve
En ce jour-là,
un rameau sortira de la souche de Jessé,
Il ne jugera pas sur l’apparence ;
il ne se prononcera pas sur des rumeurs.
Il jugera les petits avec justice ;
avec droiture, il se prononcera
en faveur des humbles du pays.
Du bâton de sa parole, il frappera le pays ;
du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.
Le Sauveur que Dieu nous promet sera aussi le Juge qui séparera les brebis des boucs. Ce n’est peut-être pas facile à dire à une époque où on répète que Dieu ne punit jamais personne. Peut-être, par le passé, a-t-on exagéré dans l’autre sens en abusant de l’image du Dieu justicier, mais ce n’est pas une raison de tourner le dos à ce que l’Ecriture ne cesse pas de nous montrer un Dieu qui ne laisse rien d‘impuni, tout simplement parce qu’il nous aime (cf. Hébreux 12,6).
Revenons à l’essentiel. Le péché a deux aspects : par un côté, il est une rupture d’amour avec Dieu, un mépris de sa bonté et de sa sagesse ; mais, en même temps il est une atteinte à l’ordre que celui-ci a mis dans sa création, et alors il y a des conséquences : il blesse des êtres humains, il dérègle la société et d’abord il nous nuit à nous-mêmes, il nous abime. Si c’est Dieu qui demande d’éviter certains comportements, ce n’est pas par caprice, ou pour tester notre obéissance, mais bien parce que le péché nous dégrade. Il n’y a pas seulement un manque au niveau de la relation, mais la perte de quelque chose d’objectif.
Or, comment sort-on de cette situation de péché ? Est-ce seulement en regrettant notre faute et en implorant la miséricorde divine ? Certes, cela vient en premier, mais cela ne suffit pas. Ce n’est pas comme une petite brouille sur laquelle on passe l’éponge et qui ne laisse pas de trace. Le péché laisse des traces. Et pour en sortir il faudra travailler à la reconstruction de ce qu’on a démoli en péchant. Cette reconstruction sera souvent symbolique (pénitence, réparation…), mais il faudra qu’elle existe, pour qu’il n’y ait pas seulement « pardon » (mot qui appartient registre des relations personnelles) mais « rémission » (mot qui s’applique à des transactions économiques, c.à.d. à des choses sonnantes et trébuchantes).
On a bien fait de remettre en valeur le côté relationnel du péché (d‘où les mots de « pardon », de « réconciliation »), mais il ne faut pas oublier l’autre aspect, en faisant disparaître la « rémission » et la « pénitence ». La vraie guérison de la blessure du péché est à ce prix.
Si ce que nous venons de rappeler est juste, on comprend que le péché non réparé appelle ce qu’il faut bien appeler un châtiment. Il s’agit plus d’une conséquence que d’une punition décidée au coup par coup par Dieu. « Ta méchanceté te punit » comme dit le prophète Jérémie (2,19). Et cette faute fait boule de neige, car le Démon se dépêche de l’élargir.
Conclusion : travaillons à notre salut « avec crainte et tremblement », comme nous y exhorte saint Paul (Philippiens 2,12). Pas de panique, mais le sentiment que rien n’est acquis d’avance, que nous restons fragiles et que tout peut arriver, si nous ne sommes pas vigilants.
Bonne avancée dans l’Avent !

