
Rendez à Dieu ce qui est à Dieu !
Tout le monde connaît la réponse époustouflante que Jésus donnait à ses opposants qui cherchaient à le prendre au piège en l’amenant à se positionner, soit du côté des collaborateurs de la puissance romaine, soit du côté des résistants prêts à passer à l’action directe pour chasser l’envahisseur. En les amenant à sortir la monnaie de leur poche, il les oblige à se démasquer : car ils avouent par là qu’ils utilisent la monnaie romaine et contribuent ainsi au « système », comme on dit maintenant : ils utilisent les voies romaines, profitent de l’urbanisme, de la sécurité etc… L’impôt est le moyen de financer tout cela, même s’il sert aussi à des objectifs moins nobles.
Pour Jésus, il y a une fidélité à Dieu qui doit être inconditionnelle et il y a une soumission conditionnelle à l’ordre établi, pour autant que cette soumission ne serve pas directement à des fins mauvaises.
Il faut avoir ce schéma présent à l’esprit quand il s’agit de l’engagement des chrétiens dans les affaires temporelles. Aucune réalité socio politique ne peut prétendre à l’absolu : ce serait en faire une réalité divine. Or Dieu a remis aux hommes la gestion de leurs intérêts terrestres, mais cette gestion ne peut avoir lieu sans tenir compte des choix moraux qu’impliquent assez souvent les décisions concernant la société humaine. On peut préférer tel type de régime à tel autre, mais on devra examiner la place qu’il fait au bien commun et notamment à la dignité qu’il assure à la personne humaine.
Ne déduisons donc pas trop vite une séparation totale entre le ciel et la terre, qui amènerait à nous désintéresser du bonheur de nos semblables. Mais, dans l’autre sens, ne sacralisons pas nos choix politiques. On a payé assez cher, au 20e, ces combats titanesques entre idéologies qui ont précipité dans la guerre et la barbarie une partie du monde.
Dans le monde et pas du monde, c’est toujours la ligne que nous a laissée le Seigneur Jésus, mais qui est assez difficile à vivre dans le détail. Certains pourraient en tirer la conclusion que les chrétiens ne sont jamais des alliés sûrs, parce qu’ils sont prêts à trahir la cause qu’ils se sont engagés à soutenir, sur une revendication de leur conscience.
Mais n’est-ce pas en cela qu’ils manifestent au contraire le sérieux de leur engagement ? Car vouloir des moyens pervers pour une cause, même bonne, ne sera jamais l’occasion de faire une œuvre solide et bienfaisante, tandis qu’en aidant ses camarades de lutte à un travail de discernement, le chrétien les prémunira contre les illusions d’une action prise sous l’effet du ressentiment et de la haine.
Merci, Seigneur, pour ta Lumière !

