
Comment es-tu rentré ici sans avoir le vêtement des noces ?
L’évangile de ce dimanche fait partie de ces textes sur lesquels on ne s‘arrête guère et qui semblent nous renvoyer aux croyances de jadis, parce qu’il est question de jugement, de châtiment etc… Entre parenthèses : il faudra se poser un jour ou l’autre la question : qu’est-ce qui détermine notre foi ? est-ce l’Écriture et la tradition de l’Église ou serait-ce une autre source : l’opinion publique ? la mode (qui diabolise telle ou telle notion) ?
Pour en venir à l’évangile d’aujourd’hui, ne nous laissons pas impressionner par la mise en scène grandiose (il s’agit de rien moins qu’un roi avec son palais et ses armées) : en forçant la note, le Seigneur cherche à nous montrer l’importance de ce qui se joue, il s’agit d’un drame aux conséquences incalculables. En réalité, il y a deux jugements qui s’enchaînent : 1) le roi punit de leur défection les invités qui ont boudé le festin des noces, et il ouvre tout grand son palais à la foule des petits et des humbles, 2) mais ô surprise ! l’un des participants n’a pas le vêtement requis, il s’est présenté dans son habit de tous les jours, sans respecter la volonté de celui qui l’invite ; il va donc être écarté et jeté dans les ténèbres extérieures.
Au total, ce deuxième événement se révèle plus important que le premier, même s’il ne concerne qu’une seule personne. Et le châtiment est aussi plus sévère (l’enfer éternel au lieu de la peine temporelle). Mais pourquoi ? parce que, pour celui qui a bénéficié de la grâce, la faute, même d’apparence mineure, est plus grave. Celui qui n’a pas rencontré le Christ, connu la beauté de son visage, su la joie de vivre de sa vie dans la fraternité de l’Église est excusable. Mais pour celui qui a frôlé tout cela et s’en est éloigné, comme Judas partant dans la nuit (cf. Jean 13,30), tout est plus grave.
A plusieurs reprises, Jésus nous met en garde contre le retour en arrière de ceux qui ont reçu la vérité, mais s’en sont éloignés. Il nous parle d’un retour offensif de l’Ennemi qui, ayant dû battre en retraite dans un premier temps, revient insidieusement reprendre sa place. Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos. N’en trouvant point, il dit: » Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. » et, revenu, il la trouve nettoyée et ornée. Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui et, étant entrés, ils y fixent leur demeure, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. (Luc 11, 43-45)
Mais ne vivons pas dans la terreur. La meilleure manière d‘éviter ce retour en arrière est notre fidélité quotidienne à la prière et notre réception des sacrements. Le démon lui-même devra s’enfuir devant cette humble obstination à aimer comme Jésus nous a aimés.

