Le progrès de la science

et des techniques

ne rend-il pas la religion inutile ?

 

Depuis cent ans, la vitesse maximum atteinte par l'être humain est passée des moins de 100 km/h des premiers trains à vapeur aux 30 000km/h des satellites habités. La découverte de la relativité et des quanta et celle de l'énergie atomique qui en découla ont mis en cause les bases mêmes de la civilisation. L'évolution n'est plus une hypothèse mais une certitude qu'il paraît aussi difficile denier que la structure du système planétaire. Ne serait-elle pas également l'explication de l'avenir ? Les synthèses récentes des substances chimiques aux limites du minéral et du biologique permettent d'envisager, à plus ou moins longue échéance, l'analyse scientifique de la vie. Et que dire de la cybernétique, de la psychologie ou de la sociologie dont le développement au cours du dernier quart de siècle tient du prodige qui rendent compte des mécanismes profonds de l'homme, dont l'étude qui était autrefois réservée aux seuls théologiens. Devant un tel progrès, la religion n'est-elle pas destinée à disparaître ?

Pour répondre à cette question, nous verrons successivement :

-      Qu'il existe des problèmes que la science ne résout pas et que le développement des techniques oblige à poser avec toujours plus d'acuité ;

-      Qu'il existe un domaine de réalités qui ne sont pas soumises aux critères scientifiques et qui ne sont pas atteintes par la marche du progrès technique ;

-      Que la religion se situe précisément dans ce domaine et qu'elle donne les réponses les plus précises et les plus constructives aux problèmes que le progrès pose aux scientifiques.

 

LE DEVELOPPEMENT DE LA SCIENCE POSE A L'HOMME DES QUESTIONS 

 

Pour situer la religion à sa juste place face à la science, il faut essayer de faire le bilan des changements opérés récemment dans le monde scientifique et technique. Ceux-ci peuvent se classer autour de trois têtes de chapitre : progrès des connaissances, progrès de la puissance mise au service de l'homme, apparition d'un nouveau type d'homme scientifique et technicien.

 

On constate que chaque ligne de développement comporte une contrepartie.

 

Des interrogations, suscitées par ses découvertes, se dressent devant l'homme

-      Sur quelles bases s'édifie l'explication scientifique ?

-      Comment orienter le progrès pour qu'il apporte le bonheur et non la destruction de l'homme ?

-      Quel idéal humain doit-on promouvoir ? Est-ce bien celui du scientifique et du technicien ?

 

a) Le progrès des connaissances scientifiques a-t-il des limites ?

Le progrès scientifique est d'abord l'extraordinaire progrès de la connaissance que l'homme a du monde. Des milliers d'expériences ont été effectuées, des hypothèses vérifiées. Tant par l'exploration de l'espace extérieur que par l'analyse de la structure de la matière, la recherche scientifique a mis en évidence des univers nouveaux. Ne peut-on espérer qu'un jour tout pourra s'expliquer scientifiquement ? Répondre à cette question. c'est déjà s'engager en dehors de la science.

 

La science, quoiqu'on en ait dit, n'explique rien, elle se contente de décrire. Elle essaie de coordonner les faits grâce à des formules mathématiques et d'enserrer l'image de l'ensemble du monde dans une théorie unique. Bien sûr, la logique de ces équations, la cohérence et la simplicité des théories apportent une satisfaction à l'esprit humain qui « comprend f mieux le monde. Mais supposons que, dans le meilleur cas, la science puisse tout réduire à une unique équation qui résumerait en elle tous les événements de l'univers, la question se poserait encore : pourquoi cette équation ? D'où vient-elle ? Quelle est sa valeur ?

 

La réponse est d'autant plus difficile à donner qu'un domaine échappe obligatoirement à une telle équation universelle. C'est celui du travail concret de recherche grâce auquel elle a été établie. Supposons en effet quelqu'un qui affirme que le choix de la vocation scientifique, la prise en considération de telle ou telle piste de recherche, l'adoption d'hypothèses qui s'avèrent insatisfaisantes, puis leur rejet découlent d'une loi immuable. Il est acculé à une vision fataliste de la vie. C'est la disparition de tout sens critique, de toute liberté du chercheur et finalement, de tout effort et de tout l'esprit créateur dont la recherche se nourrit. C'est la mort de tout progrès.

 

Mais en sens inverse, si la nature n'est pas entièrement régie par des lois, si l'indéterminisme y a sa place, comment se fait-il que la science enregistre des réussites ? Quelle est la part du déterminisme et celle de l'indéterminisme ? Quel crédit accorder à une affirmation scientifique donnée ? Pourquoi la logique mathématique s'applique-t-elle efficacement à l'analyse des choses ? « Le plus incompréhensible est qu'on y comprend quelque chose f, disait Einstein. On est face au mystère de l'esprit humain et de ses rapports avec l'univers. La méthode scientifique aide à le cerner mais non à le résoudre.

 

b) A quoi va servir le progrès technique?

Le progrès scientifique est indissolublement lié au progrès technique. Une puissance toujours plus grande est mise entre les mains de l'homme. L'énergie nucléaire et bientôt thermonucléaire apporte avec elle une richesse impressionnante de moyens d'exploitation de l'univers. En même temps, la vitesse des communications s'accroît. Le monde, en quelque sorte, se rétrécit. Un événement survenu en Asie trouve son écho dans l'opinion européenne quelques heures plus tard. Et tout cela n'est pas réservé à quelques spécialistes, mais livré à l'homme de la rue dont le confort augmente, dont les loisirs deviennent plus variés, et dont la culture s'approfondit.

 

Mais à mesure que l'humanité trouve les moyens de s'unifier, et qu'elle prend conscience d'avoir entre ses mains une puissance capable de conquérir l'univers, elle se rend compte qu'elle se trouve à une croisée de chemins. On connaît le drame des savants atomistes qui se sont aperçus à la suite de la première explosion nucléaire que l'outil qu'ils avaient livré à l'humanité pouvait être un instrument de mort en même temps que de vie. L'humanité peut se servir des moyens mis entre ses mains par la science pour son bien ou pour sa destruction. Il est aujourd'hui possible à l'homme de détruire l'humanité. La question se pose alors, angoissante : comment utiliser la puissance technique pour ne pas aboutir à la catastrophe? Et d'abord est-ce possible ? L'homme a-t-il été libéré par la science ou est-il un apprenti sorcier en passe d'être asservi par les puissances qu'il a mises en action ? Comment se servir des moyens de communication perfectionnés pour que le monde ne devienne pas un immense camp de concentration ? Quelle orientation donner à l'évolution de l'homme ? Vers quel idéal doit-il tendre ? Grâce au progrès scientifique, l'humanité est aujourd'hui semblable à un adolescent arrivé à la fin de sa croissance physique. Une question se pose à lui : la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Et si oui, pourquoi ? Il peut y avoir un suicide collectif de l'humanité comme il y a des suicides d'adolescents incapables de répondre à ce « pourquoi f. Si la science oblige à se poser cette question, n'est-ce pas parce qu'elle n'en possède pas la réponse ?

 

c) Quel idéal proposer à L'homme moderne ?

Il semble cependant qu'il y a une échappatoire à cette impasse. Le progrès, ce n'est pas seulement connaissances nouvelles ou conquête matérielle de l'univers ; c'est aussi un nouveau type d'homme qui apparaît. La science exige du chercheur ou du technicien honnêteté intellectuelle et morale, sens du travail en commun, esprit critique en même temps que créateur, sens des réalités concrètes, persévérance dans le travail, pour ne citer que quelques traits. N'est-ce pas là l'idéal moral qui peut remplacer avantageusement l'idéal religieux ? La question ne peut pas être résolue aussi vite. Si le progrès scientifique et technique exige de l'homme toutes ces qualités, celui-ci est libre de les acquérir ou non. Tout dépend de l'idéal auquel il adhère. Cet idéal peut bien sûr être le progrès de l'humanité en tant que tel. Mais cela peut être aussi l'attrait de la recherche ou l'enthousiasme d'une puissance extraordinaire livrée entre ses mains. Mais alors on risque de canoniser l'apprenti sorcier ou le technocrate. Quelles sont les limites de la recherche, en particulier de la recherche sur l'homme ? Comment définir cet idéal scientifique pour qu'il ne devienne pas de fait monstrueux. Comment y intégrer ces expériences humaines fondamentales que sont l'amour, la paix du cœur, la joie ? Pour cela, il faut se situer par rapport à un Absolu qui donne un sens à la vie et, à nouveau, dépasser le niveau purement scientifique et technique.

 

Toutes ces remarques montrent bien que loin de se suffire à lui-même le progrès de la science et des techniques postule une réflexion et des prises de position individuelles et collectives qui le dépassent. Reste à savoir dans quel ordre d'expériences humaines il faut en chercher la source.

 

AU-DELA DU MONDE SCIENTIFIQUE, LE MONDE DES RELATIONS DE PERSONNES 

 

Les questions qui viennent d'être posées à la lumière du progrès scientifique et technique ne sont pas absolument neuves. Les hommes n'ont pas attendu les XIXe et XXe siècles pour demander Q qu'est-ce que la vérité ?  f, pour s'inquiéter de leur avenir, pour essayer de définir un idéal pour l'humanité. Spontanément ils s'adressaient à ce qu'ils appelaient le bon sens populaire, les hommes d'expérience, les oracles, les maîtres de sagesse. Ils sentaient qu'il y avait là un monde qui émergeait du cours de l'histoire, ils percevaient l'existence de réponses éternelles à des questions éternelles. Quelques exemples permettront de mieux situer un tel monde.

 

 

a) Des certitudes autres que mathématiques

Lorsqu'un jeune homme dit à sa fiancée : Chérie je t'aime, la jeune fille sait avec une certitude absolue qu'elle dit vrai en répondant : Je t'aime aussi  ». Il n'y a chez ces deux jeunes gens aucun calcul mathématique. Leur démarche est pourtant pleinement rationnelle. Un jour peut-être, diront-ils, toujours avec la même certitude: Nous le ferions encore si c'était à refaire. D'où viennent la force et la lumière de leur adhésion ? De ce qu'ils ont apprécié leurs valeurs réciproques. Ils ont senti que leur rencontre donnait une profondeur, une densité, une dimension nouvelle à chacune de leurs existences. Ils ont perçu la joie qu'on éprouve lorsque la vie prend un sens. C'est ce sens de la vie, d'une vie vraie et pleine, qu'ils viennent de découvrir qui fonde leur certitude. La logique, le raisonnement n'en sont pas absents, loin de là, mais ils sont d'une autre nature que ceux d'une analyse scientifique.

 

b) Des valeurs qui ne sont pas sujettes à évolution

Qu'est-ce qui fait courir le monde, dis-moi, le sais-tu ? f demande la chanson... et elle ne répond pas.

 

Ce qui est certain c'est que tous les hommes cherchent le bonheur, la joie. Seulement, chacun les situe à sa manière, l'un dans la richesse, l'autre dans l'action, le troisième dans l'amour. La valeur de chacune de ces perspectives vient de ce qu'elles sont toutes l'occasion de rencontres personnelles toujours actuelles et toujours épanouissantes au-delà des modalités concrètes qui évoluent avec l'histoire. La richesse peut se manifester par un grand nombre de têtes de bétail chez le nomade, ou un compte en banque fourni chez le businessman. Elle intéresse surtout par la considération qu'elle suscite, l'influence qu'elle donne, la fréquentation de gens importants qu'elle permet. Les joies de l'action, que celle-ci soit guerrière, politique ou commerciale, ne dépendent pas tant des moyens mis en jeu que de la collaboration qu'elle permet avec d'autres libertés, de l'épanouissement des valeurs de chacun qu'elle favorise.

On peut concevoir enfin deux amoureux qui s'aiment autant dans une Q Caravelle f que dans un char à bancs mérovingien. C'est que leur amour ne dépend pas des sujets de conversation qui ont pu changer. Le bonheur qu'ils goûtent vient de la communion qu'ils réalisent dans le don mutuel de leur vie. A ce niveau, c'est déjà une sorte d'éternité dont ils ont l'expérience et qu'aucun progrès technique ne saurait atteindre.

 

c) Un ordre des fins qui se distingue de l'ordre des moyens

On s'est demandé à plusieurs reprises s'il fallait démolir la Tour Eiffel. Pour trancher la question, on a mis en avant les faibles risques d'accident, les frais de démolition, le bénéfice financier des visites, l'utilité pour l'O.R.T.F. Bien que sa silhouette soit particulièrement typique du ciel parisien, il ne semble pourtant pas qu'en cas de catastrophe on soit tenté d'en reconstruire une reproduction. En tout état de cause, le fait qu'Eiffel ait construit un chef-d'œuvre de calcul mathématique n'est pas intervenu dans la discussion. Il ne viendrait à la pensée de personne de démolir Notre-Dame. Quels que soient les frais de réparation, on essaiera de la sauvegarder. Au besoin, comme l'a déjà fait Viollet le Duc, on reproduira telle ou telle partie qui a subi les outrages du temps. Toutes les ressources de la technique seront mises en œuvre pour la sauvegarde de ce chef-d'œuvre. C'est qu'on découvre dans une œuvre d'art telle qu'une cathédrale gothique quelque chose de plus que le calcul. Un mouvement, un élan, une harmonie, une grâce s'y révèlent qui assument la perfection géométrique de la maçonnerie, mais la dépassent, La technique se juge par son utilité ou son inutilité. Elle est au service de l'homme. Au contraire la beauté s'impose à l'homme et l'oblige à la respecter, l'admirer, la servir. Quelque chose d'analogue se retrouve dans le cas de l'amour. Un jeune homme qui épouse une jeune fille pour les avantages que cela peut lui procurer ne sait pas ce que c'est qu'aimer. Au contraire, s'il aime vraiment sa fiancée, il est prêt à tous les sacrifices pour elle.

Ces exemples permettent de faire la différence entre ce que 1'on appelle l'ordre des moyens et l'ordre des fins. Les moyens se jugent par leur utilité ou leur inutilité. Telles sont la technique et ses productions, la recherche et ses hypothèses. Au contraire, les fins ne servent à rien, elles sont là et appellent l'homme à les admirer, à les aimer, à s'arrêter en elles. C'est en se vouant à leur service jusqu'au sacrifice qu'on trouve, dans la communion à un idéal, le plus profond bonheur possible.

La religion fait partie de ce monde des relations entre personnes. Elle aussi suppose des certitudes autres que purement mathématiques ; elle aussi fait expérimenter des dimensions autres que celles du progrès technique ; elle aussi dirige l'action non pas selon l'utilité ou l'inutilité mais en fonction de finalités suprêmes. Il reste à savoir si l'existence de la foi est purement extérieure au monde de la science et de la technique et donc lui est indifférente ou, au contraire, si elle apporte quelques éclaircissements aux problèmes fondamentaux que le progrès pose à l'homme.

 

LA RELIGION REPOND AUX PROBLEMES DU SCIENTIFIQUE 


Les questions que le progrès de la science pose au scientifique se ramènent finalement à trois : existence d'un monde au-delà du niveau scientifique, place de l'homme face à ce monde, place de l'activité scientifique à l'intérieur de l'ensemble de l'activité humaine. C'est précisément le propre d'une religion que de répondre à de tels problèmes. Mais quelle religion choisir ? Une réflexion sur la science ne donne pas bien entendu de réponse à cette question, mais il est cependant possible de définir quelques caractéristiques d'une religion acceptable pour l'homme moderne.

 

a) Une clef de voûte : Dieu Amour

Le scientifique, en réfléchissant sur son activité, sur le progrès du monde, prend conscience de ce que l'univers a un sens, qu'il est compréhensible. Il y a, dans les événements et dans les choses, une logique profonde. L'homme peut, bien sûr, nier cela en affirmant que tout est absurde, mais ainsi il attaque les bases mêmes de toute science, c'est un véritable suicide intellectuel. Au contraire, si l'homme reste logique avec son comportement habituel, il est obligé d'affirmer que sa vie et celle de l'humanité doivent avoir un sens. Mais où trouver celui-ci ? Le progrès en tant que tel est insuffisant, il porte sur la vitesse de marche, non sur la direction. Il faut donc faire appel à une autre expérience humaine pour découvrir cette dernière. Il semble qu'à ce niveau l'amour seul puisse constituer une base de départ suffisante. C'est l'amour qui donne le meilleur sens à une partie au moins de la vie de l'homme et lui permet d'unifier vie familiale, professionnelle et sociale. Mais aucun amour humain n'est parfaitement satisfaisant. On est toujours plus ou moins déçu par celui qu'on aime. L'amour est rarement assez fort pour assumer réellement toutes les activités d'un homme et conserver fidélité et ardeur tout au long d'une vie. Et pourtant l'homme continue à désirer un amour parfaitement transparent, éternel, total. D'où peut bien lui venir ce désir puisque l'expérience quotidienne n'a pas pu le mettre en son cœur? Si l'on ne veut pas retomber dans le cercle vicieux ou dans l'absurde, il faut admettre qu'au fond de chaque homme retentit un appel dont l'origine dépasse l'univers. Cela suppose l'existence d'un Etre absolu qui fonde la marche du monde et attire toute chose vers lui dans l'amour. Seule une réponse personnelle à un tel appel permet alors à l'homme de trouver le véritable sens de son existence et de celle de tout être.

 

b) Une relation concrète avec Dieu

Lorsque le scientifique regarde autour de lui, il est souvent horrifié. Dans le monde moderne, à cause de la solidarité extraordinaire qui lie les hommes les uns aux autres, les moindres déficiences s'ajoutent les unes aux autres. Petits égoïsmes, vanités, lâchetés, sensualités qui autrefois auraient passé inaperçus, s'additionnent avec une logique implacable et risquent d'influencer la marche même du monde. Une guerre n'est plus aujourd'hui un problème posé à quelques hommes d'élite. La paix dans le monde dépend du niveau moral de l'ensemble de l'humanité. Mais comment réaliser dans la vie de chaque jour cette pureté, cette disponibilité, cette ouverture, ce désintéressement indispensables si l'on veut éviter les pires catastrophes. C'est possible à la seule condition que ce Dieu dont on a trouvé l'existence ne reste pas une réalité intellectuelle. Il faut qu'Il se fasse tout proche de l'homme, lui accorde les moyens concrets et même matériels de vivre Son amour, qu'il contrebalance par une solidarité dans le Bien le terrible engrenage des déficiences et enfin qu'Il donne un sens même à là souffrance et à la peine des hommes, apparemment absurdes et scandaleuses.

 

c) Une foi qui ne détruit pas la science, mais achève l'homme

La science, depuis deux siècles, a donné à l'homme une nouvelle conscience de lui-même. Toute vision globale de l'homme et du monde, et la religion en est une, ne peut être admise que si elle respecte cet acquis. Autrement dit, une religion ne peut être humaine que si elle est une. prise de position raisonnable. Or, aujourd'hui cela suppose une attitude vis-à-vis du progrès scientifique qui ne soit pas une simple négation. Il faut, au contraire, que la religion montre comment les acquisitions de la science permettent un approfondissement de la conception de Dieu. Elle doit indiquer comment la puissance mise au service de l'homme doit être utilisée pour son bien, pour le bien de ses frères. Finalement, c'est de la religion qu'on attend le moyen de concilier un travail matériel. scientifique, technique avec la recherche de Dieu.

 

TEMOIGNAGE D'UN SCIENTIFIQUE 

 

L'auteur de ces lignes est un scientifique chrétien. A un moment de sa vie, il a affronté jusqu'à l'angoisse les tensions entre science et foi. C'est finalement en découvrant les profondeurs de la foi chrétienne qu'il a personnellement résolu le problème. Seul le Dieu de la foi chrétienne lui a paru digne des exigences d'amour que porte en lui le mouvement du monde et de l'humanité. Dans la rencontre de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu venu au milieu des hommes, il a trouvé une amitié concrète capable de bouleverser la vie d'un homme, de lui donner perfection, ouverture et rayonnement à l'échelle du monde. La mort du Christ et sa résurrection lui ont paru la seule réponse à l'anxiété d'un monde placé devant un avenir si lourdement handicapé par les déficiences humaines. La charité chrétienne enfin, vécue dans l'Eglise, lui a paru le moyen le plus adéquat et le plus efficace pour mettre au service du bonheur des hommes les acquisitions du progrès et unifier très concrètement travail scientifique et union à Dieu.